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Volume 10

Rire contre l'ordre. Expressions iconographiques de l'humour anti-police dans les mobilisations sociales contemporaines

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« (…) cette unanimité haineuse contre le gendarme, réduit à l’état de marionnette, c’est-à-dire à l’impuissance, renvoie à une logique d’exclusion, se manifestant par la défense d’un espace de liberté – la scène – à préserver des intrusions répressives. Parce que le public est aussi un partenaire, avertissant Guignol de l’arrivée du gendarme, huant ce dernier, ces spectacles donnent l’occasion de s’extérioriser à une animosité contenue. (…) L’impossible se réalise [alors] sur scène : la défaite sans appel des gendarmes »1.

Introduction

Comme le montre ce numéro spécial de la revue e-legal, et le colloque dont celui-ci constitue les « actes », l’humour est un objet d’étude particulièrement fécond pour la criminologie. Il dit quelque chose des objets que nous étudions et des espace-temps particuliers dans lesquels ces objets s’inscrivent, et, en l’occurrence, il permet à la fois de mettre en scène et d’interroger les rapports sociaux et les dynamiques de pouvoir, les formes de contestation qui leur sont associées et les imaginaires sociaux qui traversent les pratiques de contrôle et de résistance2. Il existe d’ailleurs un intérêt croissant de la recherche scientifique pour l’analyse des liens entre protestations, mouvements sociaux et humour3, en ce que ce dernier façonne et reflète le monde social. Dans le cadre des mobilisations sociales contemporaines, et plus spécifiquement dans les discours critiques à l’égard de la police, l’humour apparaît bien comme une ressource stratégique, à la fois expressive et politique, mobilisée pour dénoncer, rassembler, et subvertir.

Ce texte propose une première exploration de cette question, en partant du constat que la montée des postures anti-police les plus radicales s’accompagnent d’une transformation des formats et des supports de communication, qui s’inscrit dans les mêmes logiques que les discours qu’ils véhiculent. Parmi ces formats, les expressions iconographiques de cet humour – graffitis, slogans visuels, mèmes, stickers, dessins, collages, etc. – occupent une place d’autant plus centrale qu’elles permettent, non seulement, de faire lien ou le lien entre des espaces militants hétérogènes qui portent ces mobilisations, mais sont le plus souvent situées en marge des canaux institutionnels et médiatiques. Cette forme de supports des discours nous semblait d’autant plus intéressante à étudier qu’ils relèvent de ce que la littérature qualifie de discours « infrapolitiques », c’est-à-dire des formes d’expression anonymes, mais signifiantes, qui permettent de faire émerger des enjeux complexes liés à des rapports de force impliquant des groupes dominés ou marginalisés, ou qui se perçoivent comme tels4.

L’exercice comporte donc des limites assumées : il ne couvre ni l’ensemble des discours critiques vis-à-vis de la police, ni tous les types d’humour mobilisés. Il ne vise pas à retracer l’histoire complète de l’humour anti-police, mais à en saisir certaines manifestations contemporaines à travers des exemples visuels emblématiques. L’analyse elle-même s’inscrit dans une démarche compréhensive : est considéré comme humour ce que les acteurs et actrices mobilisent comme relevant de cette catégorie. Elle ne prétend ni à une définition de l’humour, ni à une validation empirique des intentions des auteur.es des contenus étudiés. Il s’agit ici ni plus ni moins d’observer les usages militants de l’humour visuel, en tant que langage contestataire et esthétique de résistance. Pour illustrer notre propos, nous avons choisi une sélection d’images issues principalement du matériau recueilli, complétée par quelques exemples plus récents. Le corpus a été constitué au fil de nos déambulations dans l’espace public, ainsi qu’en ligne, via des comptes en accès libre et des recherches par mots-clés sur les moteurs de recherche les plus courants. Les illustrations sont regroupées par thèmes (des figures), afin de refléter la diversité des formes d’humour anti-police observées, et n’ont d’autre fonction que d’accompagner le propos5.

Enfin, dernière remarque liminaire, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, et en raison même de l’objet de cet article, certains propos pourront paraître caricaturaux, à l’image de l’humour étudié. Il convient également de préciser que l’analyse de discours radicaux ne suppose pas nécessairement une adhésion de notre part à ces discours, même s’il nous faut admettre en partager certains des diagnostics.

I. La police moderne : une police qui fait rire, une police qui fait peur, une police qui indigne

Comme le soulignent notamment les travaux sur la police, depuis sa création au XIXème siècle, la police moderne n’a jamais connu d’âge d’or en matière d’image publique6. Elle a toujours été l’objet de critiques, parfois virulentes, en raison de sa discrétionnarité, de sa violence, et de son rôle symbolique dans la consolidation d’un État susceptible d’être déjà ou de basculer rapidement dans l’autoritarisme7. Comme le montre Berlière8, trois composantes de l’institution policière concentrent historiquement les tensions : la haute police, chargée de la récolte d’informations politiques et de la surveillance des opposants au(x) pouvoir(s), la police des mœurs qui contrôle les corps intimes, notamment ceux de femmes « de petites vertus » et des homosexuels, et la police du (grand) maintien de l’ordre qui « casse » les corps des manifestants9. À ces figures, s’ajoute, depuis le dernier tiers du XXème siècle, « la police des rues » symbolisée par le patrouilleur en tenue ou les membres des brigades anti-banditisme ou anti-criminalité.

Dans ce cadre, la figure du policier (ou du gendarme) devient un objet de discrédit et de ridicule, qui se manifeste, au fil du temps, à travers des supports variés : vocabulaire argotique, chansons populaires, littérature satirique diffusée notamment par une presse populaire à grande diffusion qui naît à la faveur de la deuxième révolution industrielle10. À ces premiers supports, on peut rajouter, dès le XXème siècle, les graffitis11, les comics, les one-man et woman shows, le cinéma, la télévision, et, plus récemment, une multitude de supports numériques. Le format dominant de cet humour est la caricature, qui repose sur le grossissement des traits les plus déplaisants. Il existe ainsi une continuité historique dans l’image dominante des policiers, illustrée par les sobriquets dont on les affuble12 : « cognes »13, « roussins »14, « poulets »15, « flics »16, « cochons », et « pig »17 ou « copper »18 en anglais. Le choix, pour nombre de ces sobriquets, de réduire des professionnels « au rang des animaux », dont on compare les attributs physiques et moraux, n’est évidemment pas dû au hasard. Ainsi, « l’argot se balade allègrement dans les réserves zoologiques du langage. De nombreuses métaphores animales servent l’argotique dans la volonté de dénigrer les individus peuplant son univers. À cet égard, le choix des métaphores animales réservées aux représentants des forces de l’ordre est significatif car il s’agit essentiellement d’espèces malpropres, stupides ou brutales »19. De manière générale, les surnoms renvoient à deux figures principales : celle de l’individu fainéant, illettré et brutal, proche de l’image de l’« homme sans grade » qui assure la chair à canon dans les armées (qui connaît d’ailleurs longtemps la même caricature), et celle de l’homme fruste des classes laborieuses, caractérisé par son état d’ébriété, sa grossièreté ou sa virilité exacerbée20.

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Figures 1. Caricatures : les policiers « bêtes et brutaux » dans les revues satiriques (début XXème siècle)21

Au cours du temps, l’institution policière a bénéficié d’un changement d’image, grâce notamment à l’arrivée des fictions policières, qui vont anoblir le travail d’enquête, de diverses réformes visant à améliorer le recrutement, la sélection, la formation et la professionnalisation des policiers22, de la féminisation des personnels et des opérations de communication de la police elle-même autour de son image. Même dans le théâtre de Guignol, le gendarme que l’on devait à tout prix rosser, cesse « d’être un étranger hostile pour devenir un personnage familier »23. Cela ne suffira cependant pas à chasser l’image du « policier assurant les basses œuvres du pouvoir » et les caricatures sont loin de disparaître : l’apparence physique du policier, y compris son uniforme et ses accessoires (dont la fameuse matraque), constitue un ressort humoristique largement utilisé pour susciter le rire. Sa raideur, son manque d’intelligence, son incompétence, ou encore son langage (oral ou écrit) abscons sont autant de traits caricaturés dans les revues satiriques telles que Hara Kiri, Charlie Hebdo ou L’Écho des savanes*,* ainsi que dans des sketchs déjà anciens mais devenus des classiques comme ceux des Inconnus ou de Faux Contact. Il est cependant parfois compliqué, dans les types d'humour mobilisés, de distinguer ce qui relève de la dénonciation plus militante (et qui semble plus minoritaire) ou de la simple volonté de divertir.

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Figures 2. Caricatures : les policiers violents « assurant les basses œuvres du pouvoir » (revues satiriques et presse, deuxième moitié du XXème siècle et début XXIème siècle)24

Mais à côté de la police qui fait peur et de la police qui fait rire, il y a aussi une police qui indigne25. Au tournant du millénaire, les critiques adressées à la police ne se limitent plus aux dénonciations ponctuelles de bavures ou aux représentations satiriques traditionnelles. On assiste à l’émergence d’une posture anti-police plus radicale, qui va plus loin dans la critique jusqu’à remettre en cause l’existence même de l’institution policière.

Nous ne reviendrons pas ici en détails sur ce qui a conduit à cette émergence, mais nous pouvons quand même citer rapidement une série de grands scandales de violences policières, dont l’étouffement de George Floyd par un policier en mai 2020, aux États-Unis, est un des événements emblématiques les plus saisissants, qui marque la réactivation et le développement international du mouvement Black Lives Matter26. Plus près de chez nous, on assiste à une visibilisation de la violence policière, et à une extension de celle-ci, notamment lors de la gestion d’événements de grande ampleur, à des groupes qui jusque-là, en étaient relativement épargnés, car n’appartenant pas à la « clientèle policière »27 classique issue des classes populaires et des groupes de jeunes hommes racisés ou participant à des protestations sociales pour la première fois. Les mouvements des Gilets jaunes en France28 ou de la Santé en lutte en Belgique illustrent cette redistribution de la répression, dans un contexte général que Gilmore a qualifié de organized abandonment où se mêlent austérité économique, pertes d’emploi et détricotage des protections sociales29, auquel il faut rajouter une gestion souvent autoritaire de la pandémie de Covid-19. Ces événements contribuent à une généralisation de « la cause contre les violences des forces de l’ordre »30 dans les nouvelles mobilisations sociales, hétérogènes et aux frontières fluides, au nom d’une lutte antiraciste, féministe, altermondialiste et anticapitaliste pour l’égalité et la justice31.

Comme l’a mis en évidence Boutros, depuis plus de deux décennies, les mobilisations contre les abus policiers ne se limitent pas aux actions « par le haut » menées par des associations très organisées, des avocat.es ou parfois des chercheur.ses. On observe également, d’une part, des formes de mobilisations autonomes portées par les victimes elles-mêmes, fondées sur leurs expériences vécues et indépendantes des structures étatiques ou partisanes ; et, d’autre part, des initiatives citoyennes issues des quartiers populaires, qui cherchent à interpeller les autorités sur des problèmes concrets identifiés localement. Ces dynamiques s’articulent également aux luttes de la gauche radicale (de type antifasciste, anarchiste et/ou écologiste) qui dénoncent les causes institutionnelles et structurelles de la violence policière32. Ainsi, à côté du droit qui demeure un levier d’action, mais reste souvent difficilement accessible pour les personnes les plus ciblées par la police, les modes d’action se diversifient : ils vont du filmage d’abus policiers et la réalisation de contre-enquêtes, à des actions de protestation variées, allant des plus pacifiques (commémorations et marches, sit-in, pétitions, collages urbains, etc.) aux plus violentes (affrontements avec les forces de l’ordre, destructions de symboles, « rébellions urbaines »33). Ces pratiques couvrent un large spectre, de l’« infrapolitique » à des formes plus visibles et revendiquées34. Nombre de ces actions se revendiquent autonomes, en marge des partis politiques traditionnels et des institutions publiques.

Dans le sillage de ces mobilisations, on peut noter l’apparition de travaux, militants ou universitaires, proches des travaux déjà anciens sur l’abolitionnisme pénal et carcéral, qui remettent en question l’existence de l’institution policière et de sa place dans la société35. La police y est définie non seulement comme une composante essentielle d’un système de domination capitaliste, raciste, colonialiste et patriarcal, mais aussi comme l’outil politique qui rend ce système possible et opérant ; « sa force kinétique »36, en quelque sorte. Cette vague abolitionniste, qui va du définancement de tout ou partie des budgets des polices publiques (defund police) à l’abolition pure et simple de la police37, gagne en visibilité et en légitimité à partir de la fin des années 2010, à la fois comme produit et cause du développement d’un « sentiment anti-police » dont les frontières vont s’élargir à de nouveaux groupes sociaux.

II. ACAB et esthétique de l’insulte : humour radical et convergence des luttes

1. ACAB, FTP, NLK : slogans, mèmes et graffitis comme langage contestataire

Dans ce contexte, l’un des symboles les plus visibles de la radicalisation du discours anti-police est l’usage généralisé du slogan, déjà ancien, All Cops Are Bastards (ACAB ou 1312 pour sa version numérique38). Il est souvent associé à d’autres acronymes tels que FTP (Fuck the Police ou F12) ou NLK (Nique les keufs), largement diffusés dans les cultures rap et hip-hop. Toutefois, le lien de ces derniers avec des chansons aux paroles misogynes ou homophobes limite leur adoption dans les milieux militants féministes ou privilégiant des approches intersectionnelles. L’origine de l’acronyme ACAB reste incertaine : d’aucuns attribuent sa naissance (ou sa diffusion) à la scène punk et skinhead britannique de la moitié des années 1970 et son cortège de slogans anarchistes et antifascistes, alors que d’autres le font remonter au moins au début du XXème siècle39, en passant par certains groupes d’Ultras liés à des clubs de football européens40. Quoi qu’il en soit, comme les autres slogans anti-police, ACAB n’est pas le fruit d’une action politique collective et organisée. En revanche, ACAB devient, contrairement aux autres slogans, un véritable marqueur identitaire de l’« arsenal esthétique » des mobilisations. Il s’impose dans ce que Wall et McClanahan appellent les « little wars with the police », arsenal dans lequel l’humour, comme on l’a dit, occupe une place importante41.

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Figures 3. ACAB, 1312 ou stickers anti-police sur les murs et mobiliers urbains42

2. Humour visuel et numérique : tenir les murs, occuper les écrans

Sans prétendre établir une typologie des formes d’humour, celui mobilisé dans les mouvements ACAB reste proche de celui historiquement utilisé pour critiquer les forces de l’ordre : entre satire, parodie et caricature43. Il s’agit d’un humour moins guidé par l’émotion que par l’intellect, un humour distancié, fondé sur la causticité, l’astuce et parfois l’absurde44. Sur le plan des formats, il repose sur le comique de mots (jeux de mots, calembours, contrepèteries) et fait appel à des procédés tels que l’ironie, le second degré, l’hyperbole, l’absurde, l’humour noir, la dissonance entre image et réalité (notamment le renversement des rapports de force), des associations audacieuses ou des analogies inédites qui déjouent les attentes45. Il s’agit d’un humour de moquerie, souvent sans nuance, qui raille la figure policière. Il ne provoque pas nécessairement le rire franc, mais plutôt le sourire complice. Si la caricature demeure l’instrument principal de contestation, elle ne vise pas uniquement à divertir une audience : elle cherche à heurter, à transgresser. Dans ce sens, l’humour n’est pas un simple ornement discursif, mais un outil stratégique, participant à la construction d’une esthétique militante, à la fois locale et internationale. à côté des caricatures du policier « bête et méchant », qui restent un must, l’humour reflète l’esprit du « mouvement » ACAB : il favorise des formats simples et directs, visuels, crus, visibles, « gratuits » et, en partie, intersectionnels (les contenus pouvant être complémentaires et convergents ou se nourrir mutuellement).

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Figures 4. Convergences des luttes et ACAB46

Cet humour s’affranchit des codes discursifs traditionnels, des cadres conventionnels du débat « policé » et des normes de civilité imposées par les espaces institutionnels47. Il se déploie dans des formats visuels variés, souvent en marge des médias mainstream, afin de toucher des publics qui ne s’informent pas nécessairement par les canaux traditionnels, ou qui en sont exclus. Cette stratégie permet également d’échapper à une logique marchande et à toute tentative de récupération institutionnelle ou commerciale. L’anonymat des supports participe à la fois à la protection des auteur.es et à la libre appropriation des messages par tout un chacun (passant.es, internautes, manifestant.es, etc.) renforçant ainsi leur circulation et leur potentiel subversif. Les plus visibles « tiennent les murs », ceux bien réels des villes (grafs et graffitis, stickers, collages urbains, posters), ceux virtuels des posts et des réseaux sociaux (comics, mèmes, hashtags, emojis), ceux aussi des pancartes et calicots lors des manifestations. Ces supports circulent entre les espaces physiques et numériques, créant une continuité entre les murs urbains et les interfaces digitales des réseaux sociaux, contribuant à une « hybridation » des formes de contestation visuelle : on photographie les graffitis pour les poster en ligne ou on imprime les mèmes pour les brandir dans les cortèges.

3. #AllCatsAreBeautiful : détournements joyeux et intersectionnels

Un exemple particulièrement révélateur, bien qu’il ne soit pas isolé, de la convergence entre différentes mobilisations sociales autour de l’acronyme ACAB est celui de la formule All Cats Are Beautiful. Il s’agit sans doute de l’acrostiche le plus connu associé à cet acronyme. À partir d’une analyse de contenu portant sur un corpus de 1539 textes accessibles publiquement (principalement des tweets publiés entre 2011 et 2019 sur la plateforme Twitter), Daniel Lees Fryer met en évidence la popularité croissante de cette formule, notamment sous forme d’hashtag, à partir de 201648. Si certaines occurrences analysées font effectivement référence uniquement aux chats, la majorité des publications concernent des critiques quant aux comportements ou actions de la police et la dénonciation de la violence policière.

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Figures 5 : All Cats Are Beautiful49

Dans le corpus étudié, l’auteur souligne que 60 % des textes relèvent explicitement de cette critique. Par ailleurs, les publications les plus aimées et les plus retweetées appartiennent également à ce registre. Pour Fryer, il ne s’agit pas tant de masquer le lien entre cette formule et l’acronyme classique ACAB, que de souligner les valeurs communes qui traversent les différentes formes d’anti-autoritarisme. Le choix du chat comme figure centrale n’est pas anodin : cet animal est souvent représenté comme autonome, libre, indomptable et rétif à l’autorité, à l’inverse du chien, perçu comme obéissant et associé aux forces de l’ordre, comme le rappelle la blague selon laquelle « un chat ne travaillerait jamais pour la police, lui ». Cette figure du chat est d’ailleurs largement mobilisée dans les visuels et les publications issues des milieux antifascistes, anarchistes ou anticapitalistes50. Mais elle prend également une dimension genrée : le chat est souvent associé au féminin51, et plus particulièrement aux femmes indépendantes, vivant sans homme ; qu’il s’agisse de l’image de la sorcière, ou plus récemment, de celle de la femme célibataire et vieillissante, sans enfant ni mari, mais entourée de ses chats. Ces stéréotypes, utilisés comme stigmates, ont largement été réappropriés par les mouvements féministes comme deux figures d’empowerment et de renversement des normes patriarcales52.

Dans ce contexte, bien que plus rare, une autre variation de l’acronyme ACAB apparaît : All Clits Are Beautiful. Cette formule, au-delà de sa référence explicite à la valorisation du plaisir féminin, est également mobilisée pour dénoncer le body shaming, revendiquer la diversité des genres, orientations et identités sexuelles et promouvoir l’acceptation des corps dans leur pluralité. Ces deux appropriations de l’acronyme initial parmi d’autres53 illustrent comment le discours « sérieux » ACAB devient un espace de solidarité, joyeux et créatif, entre différentes luttes contre l’oppression et les formes multiples de domination qui s’inscrivent dans « une perspective commune de libération ou d’abolition portée par un désir de transformation sociale »54.

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Figure 6 : Autres détournements de l’acronyme ACAB55

4. Une esthétique militante : ironie, absurdité et renversement des normes

L’humour mobilisé dans le mouvement ACAB revendique également une forme de violence : il cherche à « blesser la dignité et l’honneur de la cible ». C’est une « intelligence de l’insulte », visant à percer les séductions du « fétichisme policier », selon lequel la police est indispensable à l’établissement et au maintien de l’ordre social56. Il s’agit, comme le formule l’ouvrage collectif Défaire la police, de « se répandre dans la ville, occuper des lieux, créer des liens, renverser des symboles, affirmer la colère et la joie (…). Voilà ce qu’il faut marteler : les flics n’ont pas d’honneur. Les flics il faut leur foutre la honte »57. Il est intéressant de souligner, comme le fait Dean Spade, que le terme « bâtard » aurait pu être considéré comme sexiste, classiste et même raciste puisqu’il décrit, en les dégradant, le sort des enfants nés hors du mariage. Mais le choix du terme est voulu : il s’agit tout à la fois d’être vulgaire et de renverser les « règles du jeu » en réutilisant et en se réappropriant un vocabulaire dégradant utilisé contre les groupes plus vulnérables : « ACAB spits the “slur back at police” (…) to reject police definitions of the racialized poor as degenerate, animals, brutes, and so on and so on » 58.

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Figures 7. Occuper les murs réels : jeux de mots et renversement des symboles pour « foutre la honte »59

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Figure 8. Occuper les murs numériques par la parodie et l’imitation : les mèmes60

III. L’humour pour résister : fonctions politiques de l’humour anti-police

Si l’on met de côté l’humour comme pur divertissement facile et simpliste (comme on se moquerait des Belges ou des blondes), l’humour anti-police constitue un véritable outil de pouvoir, instrumentalisé dans les mobilisations sociales pour produire des effets politiques, identitaires et symboliques. Dans les mouvements radicaux tels que ACAB, l’humour visuel participe à une stratégie de contestation qui dépasse la simple dénonciation et remplit plusieurs fonctions politiques : il (1) crée du lien et une identité collective, (2) rend visibles les abus et injustices, (3) investit les espaces publics et numériques, (4) déconstruit les représentations dominantes, et (5) participe à une dynamique de transformation sociale.

La première fonction de cet humour est de faire communauté, en créant une identité collective61 à travers des messages aux potentiels comiques, associés à des répertoires d’actions « par le bas »62. Concrètement, les supports humoristiques utilisés offrent un cadre opératoire, qui permet de « translate [various] ideological beliefs into an existing, practical framework, giving events and experience meaning so that they are connected with each other. A prescription of how to solve the problem also constitutes part of the framing process »63. C’est un outil d’autant plus efficace, qu’il distingue un « nous » (ceux qui rient) d’un « eux » (ceux dont on rit)64. Ce processus de distinction repose sur des visuels, des slogans, des images qui construisent une « altérité commune »65. Le « nous » d’abord. L’humour est d’autant plus efficace qu’ici il est associé à un esprit de camaraderie, et est vecteur de solidarité, de convergences des luttes progressistes et intersectionnelles. Il repose sur une forme de connivence, dans la mesure où une partie des contenus humoristiques n’est directement accessible qu’à celles et ceux qui en maîtrisent les codes, même si ces derniers restent relativement accessibles66. Le rire est ainsi collaboratif, comme le souligne Olivia Gazalé67, et l’humour, dans ce contexte, renforce les liens entre les membres du groupe tout en désignant une figure repoussoir, le « eux ». Cette figure, celle du policier, est l’objet d’une « dégradation par le rire », d’une désacralisation68, qui vise à déstabiliser un symbole de pouvoir perçu comme brutal, contrôlant et écrasant, et pour lequel, dès lors, on ne s’embarrasse pas de considérations morales. Puisqu’il s’agit d’une « figure dominante », l’humour ne stigmatise pas, il agit par clichés69 et, dès lors, comme s’écrie Pierrot, dans le théâtre de Guignol, « Oh ! je ne le plains pas ! Un gendarme est fait pour être battu »70.

La deuxième fonction de cet humour est la dénonciation. Il s’agit de dénoncer, en les rendant visibles, les injustices et de faciliter la compréhension d’enjeux complexes71, mais aussi d’établir des liens (et des intersections) entre différentes luttes. Dans ce sens, il constitue une forme de contre-pouvoir, en opposition aux discours institutionnels et médiatiques, qui contribue au moins à faire des pratiques policières un objet de débat politique. Le manque de nuance qui caractérise l’humour mobilisé, notamment par le recours à la caricature, épouse parfaitement la radicalité de la posture militante. L’humour s’adresse aux personnes militantes, il peut être subtil, mais il doit être direct, à l’image de l’action politique qu’il accompagne.

Une troisième fonction réside dans l’occupation des espaces publics, qu’ils soient physiques ou numériques72. Cette occupation « visuelle » vise une accessibilité immédiate aux regards, en réponse à la difficulté de rendre visibles, par les médias traditionnels, les combats menés par les groupes concernés, en particulier lorsqu’il s’agit des groupes les plus ciblés par la police qui souffrent déjà d’un déficit de crédibilité et d’un accès limité aux canaux de communication traditionnels73. Cette forme d’expression appartient au registre du jaytalking, notion conceptualisée par Andy Merrifield74 pour désigner les formes variées d’inscriptions urbaines qu’on voit apparaître au XIXème siècle et qui constituent, de son point de vue, des discours (speeches) transgressifs particuliers des groupes minorisés75.

Dans ce contexte, l’humour devient un moyen de marquer les murs, les écrans, les cortèges, et de faire exister une parole contestataire, portée par et pour des individus et des groupes qui ne maîtrisent pas nécessairement les codes de communication conventionnels. Dans son article consacré à la sémiotique des graffitis, Carrington rappelle que ces formes d’expression (et leurs multiples déclinaisons76) relèvent d’un art non verbal ancien, apparu dans des sociétés orales, avant l’apparition de l’écriture, lorsque les humains dessinaient des symboles pour communiquer entre eux77. Aujourd’hui encore, « Graffiti is a method of writing that enables the author to use symbols, signs, figures, and an interpretation of their native language to prescribe to viewers. It is the basic style of free handwriting in an art form, as words and images are used, to describe something or give a reference. Semantics in Graffiti brings the conceptual and associative meaning to this art form, which makes Graffiti unique in its own way »78. Il n’est donc pas surprenant que le graffiti constitue une forme d’expression particulièrement puissante pour certaines populations, mais qui est, dès lors, également perçu par les pouvoirs publics comme un symbole ambivalent, à la fois symptôme et cause de l’insécurité79. Pour cet auteur, le meurtre de George Floyd a entraîné, aux États-Unis, une résurgence du graffiti politique, associé en particulier aux acronymes de ACAB, FTP et BLM, comme pratique de protestation accessible à tous.

Mais au-delà de la visibilité, cette occupation de l’espace vise aussi à influencer les représentations du réel. Plus spécifiquement, il s’agit ici de saper par le rire une propagande policière, la « copaganda »80 en proposant un contre-récit à « l’idée même que la police est avant tout une force de justice et de ‘bien’ » 81 ou qu’elle protège, the thin blue line entre le monde civilisé et le monde de la barbarie82 : « (…) by offering both an institutional critique of police and a subject critique of workaday cops the rude repertoires of rebellions seek to delegitimize the “legitimate” authority of police and their monotonous monopoly of violence, including the fantasy of the “good cop” »83. Ces deux derniers objectifs, l’occupation des espaces et la délégitimation d’une fétichisation de la police, s’inscrivent d’ailleurs dans une forme de bataille de l’image84 qui refuse un humour discipliné, raisonnable, pacifié, policé, et productif, pour lui opposer un humour subversif et revendicatif à l’opposé d’un décorum, notamment policier, imposant politesse et déférence85.

Enfin, et c’est là sans doute sa finalité principale, cet humour vise à produire du changement. Dans les nouvelles mobilisations sociales, il existe une vocation transformative, mais qui, dans son versant le plus radical, n’est pas réformatrice. Il ne s’agit pas (ou plus) tant de corriger ou d’améliorer l’institution policière, mais de la faire disparaître et, avec elle, le principal instrument de reproduction d’un ordre social et d’un système qui perpétuent des relations de domination entre les groupes. C’est un projet, et partant, un humour révolutionnaire (au sens premier du terme). C’est le sens du A de ACAB (le All Cops) qui montre, à l’instar du « the » dans Fuck The Police (ou du all dans #AllMen), qu’il s’agit moins d’une critique individualisante que systémique. Bien sûr l’individu (l’homme, et très rarement la femme) n’a pas disparu dans l’humour anti-police, même de contestation, mais de symbole d’un individu un peu « ras le képi » et « effigie d’une autorité allégorique »86, il est devenu le pion d’un système qui le dépasse. Dès lors, le message anti-police ne vise plus seulement la police comme institution ou comme profession, mais également l’illusion que la police serait perfectible et réformable, illusion, dit Ricordeau en introduction de son ouvrage 1312 raisons d’abolir la police, qui contribue en réalité à la perpétuation du système et donc au statu quo des dominations87.

Cette posture marque une rupture avec l’humour anti-police plus ancien ou purement satirique. L’humour ACAB n’est pas conçu comme un substitut à l’action politique, mais comme un mode d’action à part entière, qui s’associe à d’autres formes de mobilisation. Pour Wall et McClanahan, malgré leurs limites et ce qui est souvent perçu comme leur absence de programme organisé et élaboré et leur « immaturité », les « performances publiques d’insulte » et de vulgarité des mouvements ACAB doivent être analysées tant comme production épistémique (ce que cela dit des rapports de force) que comme « répertoire performatif d’une vitalité rebelle »88.

En guise de conclusion : portée et limites de l’humour anti-police

L’humour anti-police, tel qu’il se manifeste dans les mobilisations contemporaines, apparaît comme un outil expressif puissant, à la fois politique et symbolique, pour des groupes dominés, ou se percevant comme tels : « il permet de dénoncer les injustices et les absurdités des puissants avec une certaine liberté, puisque ce n’est que pour rire »89. Dans ce sens, il s’inscrit pleinement dans la définition de la résistance proposée par Boutros et al., à savoir « (…) toute action qui vise à se soustraire, à s’opposer ou à contester des pratiques policières jugées violentes ou illégitimes par les acteur.ices qui les qualifient ainsi »90.

Dans cette perspective, l’humour visuel agit comme un miroir. À l’image de cet objet optique, il agit à la fois comme réflecteur de lumière et récepteur d’images, comme révélateur et, parfois comme amplificateur des rapports sociaux qu’il met en scène. Mais, comme certains miroirs, l’humour peut aussi déformer, modifier, colorer, iriser, et même multiplier91 parfois les perspectives sur ces rapports sociaux, sans pour autant échapper à une subjectivité des regards. Il est, à l’instar de la caricature qui le caractérise, un miroir grossissant, une analogie du réel « par l’exagération »92,qui amplifie les traits, notamment de la violence policière, qu’il tend à généraliser, qu’elle soit envisagée dans sa brutalité individuelle ou systémique, en tant qu’expression d’une seule et même domination.

En ce sens, et pour filer encore un peu la métaphore, ce miroir « humoristique » est aussi fragile. Il peut se fissurer, se retourner contre ses auteur.es, perdre sa force contestataire ou devenir contre-productif. Comme le souligne Marjolein ‘t Hart, s’il repose sur des stéréotypes trop grossiers, l’humour risque de renforcer l’idée que certaines structures sociales sont immuables (les policiers seraient intrinsèquement stupides et méchants93) contribuant ainsi paradoxalement à leur maintien94. Il peut aussi fonctionner comme mécanisme de régulation émotionnelle, agissant comme exutoire qui canalise la colère95. Alors, loin de nourrir une mobilisation sociale durable, il pourrait en atténuer la portée et favoriser une « mise à distance cynique des institutions, voire une dépolitisation » des enjeux que l’on voulait au contraire voir devenir un objet politique96. Poussé à l’excès, un humour « engagé » – surtout lorsqu’il s’accompagne d’une « essentialisation dépréciative de l’autre »97, cible des moqueurs – peut susciter une forme de sympathie envers les personnes visées, brouillant ainsi le message collectif et donnant l’impression d’une attaque personnelle. Or, les individus ciblés n’appartiennent pas toujours (ni nécessairement) aux groupes les plus dominants, et peuvent eux aussi être prisonniers d’un système.

Ainsi, si l’humour anti-police constitue une ressource précieuse pour les mouvements sociaux, il ne saurait à lui seul transformer les réalités sociales qu’il dénonce. Sa portée reste donc limitée. Il fonctionne davantage comme un catalyseur ponctuel, un révélateur des rapports de pouvoir, qu’un levier de changement pérenne98. Son efficacité dépend de la capacité de celles et de ceux qui y ont recours à articuler le rire à la résistance, la moquerie à la mobilisation, et l’image à l’action, car comme le rappelle Marie-Sophie Devresse dans sa contribution à l’ouvrage Résister !, « si (…) la résistance est le prolongement de la critique, elle ne peut pour autant se suffire à elle-même. Sans imagination, sans inventivité, et surtout sans humour, le projet de résistance est voué à l’échec ou, pire peut-être, au conformisme » 99.


  1. Lignereux A., « Rosser le gendarme dans les spectacles de marionnettes au XIXème siècle : une école de rébellion ?, Sociétés & Représentations, 2003, Vol. 2, n°16, p. 104. 

  2. Humour et pouvoir. Dominations et résistance, Appel à contributions pour le Colloque de l’École doctorale de Science politique, Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, 12-13 novembre 2015 ; Bonardi Ch., « L’humour : un kaléidoscope pour les sciences humaines », Le journal des psychologues, 2009, Vol. 6, n°269, pp. 22-26 ; Bouquet B., Riffault J., « L’humour dans les diverses formes du rire », Vie sociale, 2010, n°2, pp. 18-19. 

  3. Voir notamment ‘t Hart M. C., « The Role of Humor in Protest Culture », in Fahlenbrach K., Klimke M., & Scharloth J.(Eds.), Protest Cultures: A Companion, Berghahn Book, 2016, Vol. 17, pp. 198-204 et Bos D., ‘t Hart M. C., Eds, Humour and social protest, Cambridge, Cambridge University Press, pp. 1-20. 

  4. Richards-Karamarkovich A., Umamaheswar J., Norris R. J., « Humor, resistance, and the power of images : The case for studying prison cartoons », Crime Media Culture, 2024, pp. 1-17. 

  5. Chacune des illustrations fait l’objet d’une référence aussi précise que possible en note de bas de page. Les dessins et mèmes proviennent de sources accessibles librement sur Internet. Une part importante des photographies a été réalisée par l’auteure, principalement à Bruxelles, parfois lors de voyages. D’autres images proviennent de collègues, que nous remercions chaleureusement pour leur collaboration et leur généreux partage. Certaines images proviennent également de publications sur des réseaux sociaux accessibles sans abonnement (principalement Instagram). Dans quelques cas, notamment pour certaines captures d’écran, la date exacte de publication n’a pas pu être relevée. Lorsque seule l’année est disponible, elle est indiquée, et la date précise de consultation est systématiquement précisée. 

  6. Reiner R., The politics of the police, Oxford University Press, 2010, (4th edition), p. 68. 

  7. Voyez notamment les travaux de Fijnaut C., « Les origines de l’appareil policier moderne en Europe de l’ouest continentale », Déviance et Société, 1980, vol. 4, n° 1, pp. 19-41 et L’Heuillet H., Basse politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police, Paris, Fayard, 2001. Pour la Belgique : Van Outrive L., Cartuyvels Y., Ponsaers P., Les polices en Belgique. Histoire socio-politique du système policier de 1794 à nos jours, Bruxelles, Vie ouvrière, 1991. Ou encore pour le Royaume-Uni : Reiner R., op. cit., spéc. pp. 67-114 et Robinson C.D, Scaglion R., « The Origin and Evolution of the Police Function in Society: Notes toward a Theory », Law & Society Review, 1987, Vol. 21, n°1, pp. 109-153. 

  8. Dont l’article a inspiré le titre de cette partie (Berlière J.-M., « Image de la police : deux siècles de fantasmes ? », Criminocorpus, revue hypermedia, mis en ligne en janvier 2009, https://journals.openedition.org/criminocorpus/206?lang=en, dernière consultation le 20 juillet 2025). 

  9. Berlière J.-M., op. cit

  10. Mabille X., Histoire politique de la Belgique. Facteurs et acteurs de changement, Bruxelles, Éditions du CRISP, 2000, 4ème édition. Voir aussi Berlière J.-M., op. cit. 

  11. Cela ne signifie pas qu’il n’existait pas de graffitis avant le XXème siècle (on en retrouve déjà dans la Grèce et la Rome antiques), mais ceux-ci sont devenus, dans les mobilisations contemporaines, un mode d’expression privilégié et plus présent du discours anti-police. 

  12. Berlière J.-M., op. cit. 

  13. Terme qui fait référence soit au verbe « cogner », soit à la « cagne », cheval de bât. Il désigne principalement les gens d’armes. On en retrouve déjà la présence dans les ouvrages de Victor Hugo, notamment Les Misérables (1862) (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, https://www.cnrtl.fr/etymologie/cogne, dernière consultation le 24 septembre 2025). 

  14. Le terme daterait du XVIIIème siècle et renverrait aux « mouchards » de la police, et par extension aux policiers. Il peut dériver du terme d’argot « roussiner » qui signifiait « dénoncer quelqu’un à la police », et originellement « lâcher des vents », « péter », ou encore de « roux » (les gens aux cheveux roux, associés à Juda, étant vus comme « faux ») (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, https://www.cnrtl.fr/definition/roussin//1, dernière consultation le 25 septembre 2025). 

  15. Le terme « poulet » est d’origine discutée (comme la plupart des termes d’argot) : il renverrait au mot italien « pula » désignant les policiers, utilisé dès la fin du XIXème siècle, ou, toujours à la même époque, proviendrait du siège de la police judiciaire parisienne, sis au 36 Quai des Orfèvres, où se tenait un marché aux volailles. Il connaît aujourd’hui les dérivés perdreau et poulaga

  16. Le terme, dont on retrouve une occurrence dès 1928, vient de l’allemand « die fliege » (la mouche) et renvoie, comme le « roussin », à celui qui dénonce à la police (Brunet J.-P., Tennant J., « “Vingt-deux v’là les flics !” : l'appellation du policier dans le français non conventionnel » The French Review, 1998, Vol. 71, n°. 5, p. 749). 

  17. S’il existe vraisemblablement depuis le XIXème siècle, le succès de l’utilisation du terme « pig », notamment aux États-Unis, est intimement lié aux mouvements de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le terme aurait été popularisé suite à une volonté délibérée au sein du Black Panther Party for Self-Defense (connus sous le nom de Black panthers), mouvement de libération afro-américaine, de trouver un terme vulgaire et accrocheur pour insulter les policiers. Le terme a finalement été choisi parce qu’il reflétait bien l’idée de quelqu’un qui était « brutal, gross and uncaring », tous en étant « race neutral » (Newton H. P, cofondateur du Black Panther party, cité par Wall T., McClanahan B., « “Little wars with the police” : Aesthetic arsenals and intellects of insult », Crime Media Culture, 2025, Vol 21, n°1, p. 8). Le terme connaît lui-même ses dérivés comme bacon, pig pen (le commissariat) et pork shop

  18. Le terme « copper » (coppa, cop) est utilisé par les jeunes ouvriers au début du XXème siècle pour qualifier les Bobbys. Il dérive, selon les versions, soit du verbe « to cop » (capturer), soit des boutons de l’uniforme policier qui étaient en cuivre (copper). Aujourd’hui le terme « cop », tout comme le terme « flic » (sauf dans la forme en verlan « keuf » ou dans l’expression la « flicaille »), n’est plus considéré comme insultant. Il est largement utilisé par la profession elle-même. 

  19. Brunet J.-P., Tennant J., op. cit., p. 749. D’autant que l’on peut y rajouter la vache de la célèbre expression anarchiste « mort aux vaches ». 

  20. Berlière J.-M., op. cit. p. 4. 

  21. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. Grandjouan, Illustration de couverture, n°188 du magazine satirique L'Assiette au Beurre, 5 novembre 1904, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10480883 ;

    2. Jossot H. G., Illustration « Entre nous, t’as jamais su exécuter proprement un passage à tabac », n°150 du magazine satirique L'Assiette au Beurre, 13 février 1904, https://www.meisterdrucke.uk/similar/1507712.html ;

    3. SA, Illustration « La police veille ; Parisiens, dormez ! » de couverture du journal satirique Le Canard Sauvage, 23 mai 1903, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k867277p?rk=450646;0 ;

    4. Herman P., Illustration « Ces mines patibulaires que l’on ne voit sortir que les jours de troubles ou d’émeutes », du journal satirique Le Canard Sauvage, 23 mai 1903, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k867277p?rk=450646;0. 

  22. Berlière J.-M., op. cit. pp. 12-15. 

  23. Lignereux A., op. cit., p. 105. 

  24. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. Wolinski, Illustration de couverture, n° 14 de l'hebdomadaire satirique français Hara-Kiri Hebdo, datée du lundi 5 mai 1969, http://palladio.free.fr/harakiri/HKH/no1120.html ;

    2. Vuillemin, Illustration de couverture, du n° 293 de l’hebdomadaire satirique L’Echo des savanes, juin 2010, collection personnelle ;

    3. Juin, Illustration de couverture du n°1618 de la revue satyrique Charlie Hebdo, 26 juillet 2023, https://charliehebdo.fr/editions/1618/ ;

    4. Kroll, Illustration Kroll du Jour sur la menace de grève des policiers, Journal Le Soir, mis en ligne le 8 novembre 2021, https://www.lesoir.be/405099/article/2021-11-08/le-kroll-du-jour-sur-les-menaces-de-greve-de-la-police ;

    5. Jennings B., Illustration de la rubrique Opinion, Journal The Gardian, mis en ligne le 19 janvier 2023, https://www.theguardian.com/commentisfree/picture/2023/jan/18/ben-jennings-on-misogyny-in-uk-police-forces-cartoon ;

    6. Azco, Illustration d’article en ligne, Journal Le Poing, mis en ligne le 11 mai 2020, https://lepoing.net/la-france-dans-le-top-10-des-pays-du-conseil-de-leurope-pour-les-violences-policieres-contre-les-journalistes/ ;

    7. Félix, Illustration d’article en ligne, Journal satirique Charlie Hebdo, mis en ligne le 10 novembre 2021, https://charliehebdo.fr/2021/11/societe/discriminations-seine-saint-denis-en-a-un-peu-assez/. 

  25. Berlière J.-M., op. cit

  26. Voir notamment Wall T., McClanahan B., op. cit. 

  27. Le terme constitue une traduction non littérale de l’expression « police property », qui renvoie à l’idée que certains groupes sont plus susceptibles de faire l’objet d’interventions policières fréquentes et intensives, notamment par le recours à la contrainte. Ces interventions tendent à les placer dans une position paradoxale : à la fois sur-policés et sous-protégés. Sur cette notion, voir Lee J. A., « Some structural aspects of police deviance in relations with minority groups », in Shearing, C., Stenning, P. (dir.), Organizational Police Deviance: Its Structure and Control, 1981,Toronto: Butterworths, pp. 49-82. 

  28. Voir Fillieule O., « La police s’est déchaînée contre les Gilets jaunes », in Reungoat E., Buton F., Idées reçues sur les Gilets jaunes : Un marqueur des luttes sociales contemporaines, 2024, Paris, Le Cavalier Bleu, pp. 171-178. 

  29. Gilmore R. W., « What is to be done ? », American Quaterly, Vol 62, n°2, pp. 245-265. 

  30. Pregnolato A., Rébellions urbaines et mobilisations contre les violences policières dans la Région parisienne (2005–2018), Thèse de science politique, Paris, Université de Paris Nanterre, 2022. 

  31. Généralisation entamée au tournant des années 2010 : Boutros M., Le Derff P. et Pregnolato A., « Comprendre les mobilisations contre les violences policières », Champ pénal/Penal field, 2022, n°26, http//journals.openedition.org/champpenal/14104, p. 4. 

  32. Boutros M., « Mobilisations contre les violences et discriminations policières », in de Maillard J., Skogan W., Police et société en France, 2020, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, pp. 351-352 et 348. 

  33. Terme préféré au terme « émeutes ». Sur ce choix, et sur la déconstruction de la distinction entre moyens de contestation de l’autorité policière légitimes ou illégitimes, voir Hajjat A., « Rébellions urbaines et déviances policières. Approche configurationnelle des relations entre les “jeunes” des Minguettes et la police (1981-1983) », Culture & Conflits, 2014, n°93. 

  34. Scott cité par Boutros M., Le Derff P. et Pregnolato A., « Comprendre les mobilisations contre les violences policières », Champ pénal/ Penal field, 2022, n°26, p. 2, http//journals.openedition.org/champpenal/14104. 

  35. Voir notamment, en français, les contributions in Ricordeau G. (dir.), 1312 raisons d’abolir la police, Lux Editeur, 2023 ; Baschet J. et al. (dir.), Défaire la police, Paris, Editions Divergences, 2021 ; Collectif Matsuda (dir.), Abolir la police. Echos des Etats-Unis, sl., Niet Editions, 2021. En anglais, voir notamment, Vitale A., The End of Policing, New York/Londres,Verso, 2017 ; ⁠Duff K. (dir.), Abolishing the Police, Londres, Dog Section Press, 2021 ; ⁠Maher G., A World Without Police. How Strong Communities Make Cops Obsolete, New York, Verso, 2021 ; ⁠ Pasternak S., Walby K., Stadnyk A. (dir.), Disarm, Defund, Dismantle, Toronto, Between the Lines, 2022. 

  36. Wall T., McClanahan B., op. cit., p. 15. 

  37. Ricordeau mentionne ainsi les trois représentations concrètes de l’abolition de la police que sont la destruction, l’abandon et le démontage qui correspondraient plus ou moins aux « trois saveurs de l’abolitionnisme (insurrectionnaliste, autonomiste et procédural) » (Ricordeau G. (dir.), op. cit., p. 173 et sv.). 

  38. Chaque chiffre représentant la lettre de l’alphabet correspondante (le 12 ou twelve étant depuis longtemps entré dans l’argot comme désignant la police). Le 13 décembre (13/12) est d’ailleurs la date du « happy ACAB day ». 

  39. Il apparaît ainsi que la phrase est déjà populaire en Grande-Bretagne dans les années 1920 et peut-être même avant. Il serait ainsi adapté de la maxime populaire déjà ancienne « all those in authority are bastards » (Wall T., McClanahan B., op. cit., p. 11). 

  40. Dupont M., « “ACAB” ou la rage anti-flics », Le Monde, 26 mai 2021. 

  41. Wall T., McClanahan B., op. cit., pp. 3-26. 

  42. Sources : photos personnelles. Toutes les photos ont été prises par l’auteure ou ses collègues. À l’exception d’une photo (prise à Cologne), toutes ont été prises à Bruxelles entre 2020 et début 2026. 

  43. La satire peut se définir comme un genre « qui s’attaque à quelqu’un pour s’en moquer, une représentation critique et comique cinglante d’un défaut, d’un vice, d’un mensonge ou d’une injustice. (…) La caricature est une description comique qui par le choix de détails accentue et révèle les aspects ridicules et déplaisant d’une personne. (…) La parodie (…) utilise le cadre, les personnages, les expressions et le fonctionnement d’une œuvre pour s’en moquer. Elle se base entre autres sur l’inversion et l’exagération des caractéristiques appartenant au sujet parodié » (Bouquet B., Riffault J., « L’humour dans les diverses formes du rire », Vie sociale, 2010, n°2, pp. 18-19). 

  44. Maisonneuve J., « Humour où es-tu ? », Le journal des psychologues, 2009, Vol. 6, n°269, p. 29. 

  45. Gazalé O., Le paradoxe du rire. Et si tout n’était pas toujours drôle ?, Paris, Editions Seghers, 2024, p. 30. 

  46. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. Radicalgraffiti, « Free Luigi/ACAB », Photo prise à Barcelona, Instagram, 20 janvier 2025 [consulté le 28 mars 2025] ;

    2. Photo prise par l’auteure, Machine à boissons à l’ULB, 12 février 2025 ;

    3. Photo prise par l’auteure, Ixelles, 20 mai 2023 ;

    4. Sans auteur, Photo, Tumblr (première apparition : 23 septembre 2014), https://www.tumblr.com/tagged/VANDALISM [consulté le 15 juillet 2025] ;

    5. collages_feministes_stras, Photo « LGBTQIACAB », Instagram, 18 octobre 2023 [consulté le 16 juillet 2024] ;

    6. Bigdawgsocialism, Image de détournement des illustrations de l’ouvrage What Do People Do All Day ? de Richard Scarry, Instagram, 16 novembre 2024 [consulté en novembre 2024] ;

    7. Photo prise par l’auteure, Bruxelles, 13 février 2025. 

  47. Bouquet B., Riffault J., « Introduction. De l’humour et du rire dans le travail social », Vie Sociale, 2010, n°2, pp. 7-10. 

  48. Fryer D. L., « #AllCatsAreBeautiful : Ambient affiliation and the visual-verbal representation and appreciation of cat in online subversive discourses », Discourses & Society, 2022, Vol. 33(1), pp. 3-33. 

  49. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. Legner S., Photo « ACAB (All Cops Are Bastards). Graffiti modified to say ‘All Cats Are Beautiful’ », Innsbruck, Austria, prise le 29 mars 2026, Wikimedia Commons,

    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:All_Cats_Are_Beautiful_graffiti_02.jpg. [consulté le 11 mars 2026] ;

    2. Peoplesrepublicofstokescroft, Photo prise à Bristol (UK), Instagram, 16 juillet 2024 [consulté le 16 juillet 2024] ;

    3. Uselesscop, Image d’illustration pour t-shirt, Instagram, 26 mars 2025 [consulté le 27 mars 2025] ;

    4. Photo de l’auteure, Lyon, 26 juillet 2021, l’inscription est une variation « ACAT », « All Cops Are Targets » ;

    5. 161.clothing, Image d’illustration pour vêtement, Instagram, 13 janvier 2025 [consulté le 13 janvier 2025] ;

    6. Mulvaney J., Photo d’illustration d’un article du site d’information locale MyLondon, 25 janvier 2021, https://www.mylondon.news/news/north-london-news/people-lost-plot-over-surprisingly-19692566 ;

    7. Uselesscop, image d’illustration pour vêtement ou affiche, Instagram, 7 février 2025 [consulté le 10 février 2025] ;

    8. Photo prise par Carla Nagels, Tarn et Garonne, avril 2025. 

  50. Sur les liens entre la figure du chat, le marxisme, l’anti-monarchisme, l’anti-impéralisme et l’anti-colonialisme, voir l’étonnant ouvrage de La Berge L. C., Marx for Cats : A Radical Bestiary. Duke University Press, 2023. 

  51. Ou aux organes génitaux féminins. 

  52. Wrenn C., « Pussy grabs back : bestialized sexual politics and intersectional failure in protest posters for the 2017 women’s march », Feminist Media Studies, 2024, 19/6, pp. 803-821. 

  53. Comme All Colors Are Beautiful, qui fait notamment référence aux variations de l’arc-en-ciel associées à la communauté queer, ou All Complaints Are Buried, qui dénonce le classement sans suite policier des plaintes concernant la violence policière ou les agressions sexuelles envers les femmes. Voir, par ailleurs, les autres exemples de détournements (figures 6). 

  54. Fryer D. L., op. cit., p. 27 (nous traduisons). 

  55. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. 161.clothing, image d’illustration pour vêtement, Instagram, 31 janvier 2025 [consulté le 31 janvier 2025] ;

    2. Photo prise par l’auteure, Ixelles (ULB), 11 avril 2025 ;

    3. Photo prise par l’auteure, Ixelles, 22 décembre 2025 ;

    4. Illustration pour vêtements ou posters, Site « No gods no master », https://www.no-gods-no-masters.com/ [consulté le 11 mars 2025] ;

    5. dasharez0neadmin (2025), Illustration, Instagram, juillet 2025 [consulté le 16 juillet 2025] ;

    6. Bobika (2023), Illustration « All Cops are Bisounours », Mensuel en ligne CQFD, mis en ligne le 10 février 2022, https://www.cqfd-journal.org/All-Cops-Are-Bisounours [consulté le 20 février 2025] ;

    7. Peoplesrepublicofstokescroft (2025), Photo, Instagram, février 2025 [consulté le 20 février 2025] ;

    8. Photo prise par Laure Baudrihaye-Gérard, Saint-Gilles, mai 2025. 

  56. Reiner R., The politics of the police, 2010, Oxford University Press, p. 3. 

  57. Quadruppani S., Floch J., « Pourquoi les flics sont-ils tous des batards ? », in Baschet J. et al., Défaire la police, Paris, Editions Divergences, 2021, p. 27. 

  58. Wall T., McClanahan B., op. cit., pp. 15-16. 

  59. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    De 1 à 10. Photos prise par l’auteure ou reçues par l’auteure de ses collègues et amie.es (merci !). Toutes (sauf la 10 : Paris) ont été prises à Bruxelles. La 9 se lit « la police nous prothèze » ;

    11 à 13. Photos prises dans les toilettes de l’ULB. La 13 a servi d’illustration à l’affiche du colloque ;

    14. Radical Graffiti (2021), « Fart on Cops », Détail de photo prise à Vancouver, Instagram, 15 novembre 2021 [consulté le 25 mars 2025] ;

    15. Sprayplanet (2023), « ACAB CADABRA », photo prise à Amsterdam, Instagram, 29 novembre 2023 [consulté le 5 mars 2025] ;

    16. benameur_dalila (2023), Détail d’une photo, Instagram, 9 mars 2025 [consulté le 28 mars 2025]. 

  60. Sources : dans l’ordre de gauche à droite et de haut en bas :

    1. Jeremy Kaplowitz, « Easiest captcha of my life », mème, Twitter/X, posté le 5 juin 2020 [consulté le 15 mars 2025] ;

    2. Uselesscop, mème, Instagram, 2024 [consulté le 28 mars 2025] ;

    3. Uselesscop, mème, Instagram, 2025 [consulté le 28 mars 2025] ;

    4. Uselesscop, mème, Instagram, février 2021 [consulté le 27 mars 2025] ;

    5. gaga_quirante, mème, Instagram, 2025 [consulté le 13 mars 2025] ;

    6. ultras_from_croatia1312, « Happy ACAB Day », mème, Instagram, 13 décembre 2024 [consulté le 13 mars 2025] ;

    7. r/PeterExplainsTheJoke, « Petah why are the paw patrol traitors », mème, Reddit, 2022 [consulté le 15 mars 2025]. 

  61. Besson G., « L’humour, ressource personnelle et collective dans l’action sociale », Vie sociale, 2010, n°2, p. 51. 

  62. ’t Hart M. C., « Humour and social protest : an introduction », in Bos D., ‘t Hart, op. cit., pp. 1-20 ; Polleta F., Jasper J. M., « Collective identity and social movements », Annual Review of Sociology, 2001, n°27, pp. 283-305. 

  63. ’t Hart M.C., op. cit., p. 9. 

  64. Ibid., p. 10. 

  65. Gazalé O., op. cit., pp. 159-160. 

  66. Priego-Valverde B., L’humour dans les interactions conversationnelles : jeux et enjeux (Tome 1), Thèse doctorat en Lettres, Université Aix-Marseille I, Défendue publiquement le 15 janvier 1999, pp. 169 et sv. 

  67. Gazalé O., op. cit., p. 37. 

  68. Ibid., pp. 40 et 96-97. 

  69. Comme le souligne Olivia Gazalé, dans les conclusions de son ouvrage, l’humour est sans doute moins une question d’énoncé (ce que l’on dit) que d’énonciation (qui le dit, à qui, au sujet de qui et dans quel état d’esprit). Les questions sont alors de savoir quelles sont les postures de l’émetteur et de la cible : l’émetteur est-il dominant ou dominé et la cible est-elle vulnérable ? : « une cible est d’autant plus invulnérable à la moquerie qu’elle est puissante. Plus quelqu’un possède un statut élevé, plus son pouvoir est grand, moins la moquerie lui est préjudiciable » (Gazalé O., op. cit., pp. 394, 396-399). 

  70. Lignereux A., op. cit., p. 98. Du point de vue des policiers, le ressenti est sans doute différent : on ne rit pas car l’incongruité n’est pas perçue à distance : elle peut au contraire apparaître comme une menace, une offense ou un préjudice, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’actions jugées plus violentes. 

  71. Richards-Karamarkovich A., Umamaheswar J., Norris R. J., « Humor, resistance, and the power of images : The case forstudying prison cartoons », Crime Media Culture, 2024, p. 5. 

  72. Boutros M., Le Derff P. et Pregnolato A., op. cit., p. 14. 

  73. Ibid., p. 11. 

  74. Cité par Peake J., « Jaytalking in the Streets of Bordeaux », XUC - User Experience and Urban Creativity, Vol. 2(1), pp. 40-41. 

  75. Le terme jaytalking, formé par analogie avec jaywalking (traverser au feu rouge), désigne une manière de parler qui transgresse les normes sociales ou discursives établies. Il peut renvoyer à une parole marginale, indisciplinée ou contestataire (Peake J., op. cit.). 

  76. Selon Carrington, les formes de graffiti incluent notamment les tags (signatures stylisées), les throw-ups (formes rapides à deux ou trois couleurs), les pieces (œuvres complexes et détaillées), les characters (figures humaines ou animales), les pochoirs (images reproduites par découpe), le wildstyle (lettrage abstrait et illisible), les blockbusters (graffitis de grande taille), les heaven spots (réalisés dans des lieux difficiles d’accès), et les graffitis politiques, porteurs de revendications sociales ou militantes (Carrington Y. L., The Semiotics of Graffiti, IOSR Journal Of Humanities And Social Science (IOSR-JHSS), 2022, Volume 27, Issue 12, Series 5, pp. 59-77). 

  77. Carrington Y. L., op. cit

  78. Carrington Y. L., op. cit., p. 68. 

  79. Il suffit de se référer à la doctrine de la « vitre brisée », popularisée par Wilson et Kelling en 1982. 

  80. Plus spécifiquement, la copaganda « refers to media portrayals of police that glorify and promote positive sentiment toward police and trust in their authority or legitimacy as an institution. It can be both implicit or explicit, deliberate or unintentional » (Moore A., « Abolish Copaganda ! : An ACAB Analysis of Sisters and The Wicker Man and the Ramifications of Abolitionist Spectatorship », Tapestries: Interwoven voices of local and global identities, 2022, Vol. 11 (1), Article 5, p. 5, https://digitalcommons.macalester.edu/tapestries/vol11/iss1/5, Dernière consultation, le 14 septembre 2025. 

  81. Wall T., McClanahan B., op. cit., p. 6, nous traduisons. 

  82. Reiner R., The politics of the police, Oxford University Press, 2010, (4th edition), p. 120. 

  83. Ibid

  84. Nous n’aurons pas l’occasion ici de revenir sur la réponse du berger (l’institution policière, via ses représentants politiques et syndicats ou d’autres composantes de la société) à la bergère ACAB, mais cette réponse existe évidemment, et peut d’ailleurs détourner l’humour anti-police (on pense notamment à toutes les déclinaisons pro-police de l’acronyme ACAB : All Cops Are Beautiful, All Cops Are Bisounours, etc.). 

  85. Wall T., McClanahan B., op. cit., pp. 14 et 16 ; voir également sur le pouvoir subversif de l’humour visuel : Richards-Karamarkovich A., Umamaheswar J., Norris R. J., « Humor, resistance, and the power of images : The case for studying prison cartoons », Crime Media Culture, 2024, pp. 1-17. 

  86. Lignereux A., op. cit., p. 106. 

  87. Ricordeau G. (dir.), op. cit., p. 49. 

  88. Wall T., McClanahan B., op. cit., pp. 20-21 (nous traduisons). 

  89. Gazalé O., op. cit., p. 209, l’auteure souligne. 

  90. Boutros M., Le Derff P. et Pregnolato A., op. cit., p. 2. 

  91. Courtes H., La symbolique du miroir et la tradition platonicienne, Académie des sciences et des lettres de Montpellier, Séance du 08/10/2007, Bulletin n°38, pp. 181-193, édition 2008. 

  92. Gazalé O., op. cit., p. 218. 

  93. C’est ce qu’on a pu reprocher à des journaux qui jouent sur la satire comme Hara-kiri ou Charlie Hebdo qui se contentaient de représenter un pandore stupide et brutal, favorisant l’idée d’une bavure, produit d’une « pomme pourrie », qu’il suffisait de retirer du panier de l’organisation policière. 

  94. ’t Hart M.C., op. cit., p. 13. 

  95. À l’exemple des manifestations extrêmes de l’humour « organisées » et/ou « mises en scène » par les autorités, comme outil parmi d’autres du contrôle social, afin de canaliser les mécontentements, à l’image de certains carnavals, des charivaris. Voir à ce propos : Gazalé O., op. cit., spéc. pp. 106-124. 

  96. Humour et pouvoir. Dominations et résistance, Appel à contributions pour le Colloque de l’École doctorale de Science politique, Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, 12-13 novembre 2015, p. 5. 

  97. Gazalé O., op. cit., p. 174. 

  98. ’t Hart M.C., op. cit. 

  99. Devresse M.-S., « Eye opening. Résister par et pour la critique. Refus de l’adaptation en criminologie », in Caprasse V., Das Neves Ribeiro R., De Fraene D., Molitor L. & Smeets S., Résister ! De l’adaptation à la dissidence en terrains criminologiques, 2024, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles. Collection Droit et Criminologie, p. 46. 

Sybille Smeets