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Volume n°6

FOCUS PRATIQUE : Les difficultés de la (ré)insertion : la contribution d’un réseau de professionnels – Témoignage de l’équipe du réseau « Relation Addiction et Justiciables »

Face aux difficultés que rencontrent les personnes justiciables à la sortie de détention, le réseau R.A.J. « Continuité dans la réinsertion » vise à faciliter la (ré-)insertion. Cet article explique comment le projet s’est lancé en détaillant la philosophie de celui-ci et les réflexions qui l’ont traversé. Il aborde ensuite la méthodologie de travail adoptée par l’équipe et offre une description des différents projets.

Introduction

§1 Le réseau « Relation Addiction et Justiciables » (ci-après R.A.J.) a été lancé en septembre 2020 mais ses sources d’inspiration sont bien plus anciennes et prennent essentiellement racine dans l’expertise de terrain menée par l’ASBL l’Ambulatoire-Forest. L’Ambulatoire-Forest est une ASBL fondée en 1995 et subsidiée par la Commission communautaire française (COCOF). Elle propose un accompagnement psychosocial aux personnes justiciables, incarcérées ou non, qui rencontrent des difficultés liées à la consommation d’alcool, de drogues et/ou de médicaments. L’Ambulatoire-Forest s’adresse aux Bruxellois et agit principalement dans les prisons bruxelloises et celle d’Ittre1. L’équipe de l’Ambulatoire-Forest, constituée principalement d’assistants sociaux et de psychologues, mène depuis plusieurs années une réflexion sur les manières d’accompagner leur public au niveau social et thérapeutique, tant durant l’incarcération qu’à la sortie de prison. Cette réflexivité sur le travail mené sur le terrain est apparue comme essentielle au fil des années, car elle a permis d’améliorer les prises en charge psychosociales, et d’éviter de tomber dans les impasses et travers administratifs qui essoufflent à long terme l’accompagnant et l’accompagné. Il a mené à l’identification d’une multitude de freins ayant pour beaucoup un point commun : le manque de communication entre les différents acteurs et les personnes directement concernées.

§2 Pour cette raison, l’équipe de l’Ambulatoire-Forest a développé un projet complémentaire à sa pratique d’accompagnement psychosocial : le réseau R.A.J. continuité dans la réinsertion visant à créer ou renforcer les liens entre les services et les secteurs qui gravitent autour des problématiques du public visé. L’équipe du réseau s’est d’abord attachée à identifier clairement les différents freins à la réinsertion, pour ensuite faire émerger avec les différentes personnes et entités rencontrées des solutions pragmatiques et réalistes à même de faciliter, à terme, la réinsertion. Il s’agit maintenant de développer et soutenir ces différentes initiatives que nous allons présenter plus loin.

§3 Avec cette contribution, nous avons la volonté d’offrir un aperçu de la philosophie du réseau R.A.J. Dans un premier temps, nous exposerons les finalités du réseau et sa méthodologie de travail. Dans un deuxième temps nous préciserons les objectifs opérationnels, et les différents projets en cours et à venir. Enfin, sera présentée la réflexion de l’équipe sur la problématique de la (ré)insertion.

Un réseau parmi d’autres ?

§4 Il existe déjà, dans le secteur de l’aide aux justiciables, des groupements d’associations ou des fédérations. Nous pouvons citer ici la CAAP (Concertation des Associations Actives en Prison) ou encore la FIDEX (La Fédération bruxelloise des Institutions pour Détenus et Ex-détenus). Malgré cela, la concertation reste compliquée, comme le pointe la CAAP : « Les différents réseaux et services intervenant en prison et à la sortie autour de la personne pèchent par un manque de coordination et d’interconnaissance »2.

§5 Le réseau R.A.J. se situe à un autre niveau d’intervention : celui du terrain. L’objectif est de renforcer la collaboration entre les services à l’échelle du terrain ce qui rend le réseau R.A.J. tout à fait complémentaire à la CAAP et à la FIDEX, qui n’agissent pas au même niveau. En renforçant les collaborations entre services via des projets spécifiques, nommés groupes de travail (GT) (à titre d’exemple le GT groupe de paroles en prison ou le GT communauté thérapeutique) le réseau souhaite améliorer la (ré)insertion du public justiciable dans une optique pratique.

La structure et le fonctionnement du réseau

§6 Le réseau RAJ est potentiellement constitué de toutes les entités qui gravitent de près ou de loin autour de la réinsertion. C’est une entité fluide, à laquelle les services et les personnes adhèrent. C’est une proposition de travailler ensemble, soit autour de projets déjà en cours de réalisation soit e ntant que terreau de nouvelles dynamiques à imaginer3. L’équipe du réseau, elle, est l’entité chargée de coordonner et d’organiser ce réseau fluide et mouvant.

§7 Un Comité d’Accompagnement participe au processus. Il conseille l’équipe du réseau sur les directions à entrevoir dans les actions du réseau au vu des finalités et des objectifs. Il se compose de représentants de différents secteurs (secteur académique, secteur de l’aide aux justiciables…) et il est ouvert à la participation de nouveaux membres. Les rencontres permettent de croiser les visions et réalités, et sont riches par la confrontation des idées.

§8 Le Comité d’Accompagnement constitue un soutien pour l’équipe du réseau R.A.J. afin d’orienter au mieux la philosophie de travail, mais également de mettre en avant les difficultés auxquelles l’équipe pourrait être confrontée. Ce comité permet de tenir compte de la diversité des points de vue présents en son sein. Ainsi, il a comme fonction de promouvoir le réseau R.A.J. par la communication de ses missions, de soutenir ses ambitions et aspirations, et surtout de le conseiller et de le guider par la richesse des expériences de chacun des membres du Comité.

Philosophie et finalités

§9 La philosophie qui sous-tend le projet est que chaque individu est essentiel au sein de la société. Il n’y a personne dont nous ne devons pas absolument nous préoccuper, en tant que société : le bien-être de chacun compte. Le souhait est de voir dans la société des humains épanouis, satisfaits de leur rôle et de leur place.

Une des aspirations importantes du projet est de décloisonner les pratiques spécialisées et de fluidifier les échanges de bonnes pratiques entre professionnels de manière à contrer le morcellement institutionnel et la logique sectorielle. Orienter et soutenir un décloisonnement permettrait de créer des ponts de collaboration entre les professionnels et « d’augmenter le pouvoir d’action de l’ensemble des intervenants »4.

Par son expérience professionnelle, chaque membre du réseau a pu développer une manière de travailler et une pratique spécifique. Réussir à rendre ces pratiques spécifiques accessibles à tous, faire en sorte de diminuer la segmentation des interventions et permettre une prise en charge mieux adaptée aux spécificités du public justiciable, semblent constituer des moyens efficaces afin d’améliorer la (ré)insertion5.

§10 Le réseau R.A.J. veut prendre acte des éléments problématiques dans la (ré)insertion des personnes justiciables et contribuer à les résoudre en mettant en place des outils au service des professionnels, et en renforçant ou créant des projets de terrain. L’équipe espère opposer au morcellement institutionnel une dynamique de collaboration intersectorielle, en orientant et en soutenant un décloisonnement qui permettrait de créer des ponts entre les professionnels afin « d’augmenter le pouvoir d’action de l’ensemble des intervenants »6. Autrement dit, créer un réseau fluide, dans une perspective d’intelligence collective, et non dans une recherche d’appropriation.

Le réseau R.A.J. se donne comme mission de répondre aux problématiques de terrain (meilleure communication entre services, nouvelles collaborations, prise en compte de la parole de chacun, sensibilisation aux effets de l’enfermement, clés de compréhension des injonctions judiciaires…) par la collaboration et le partage, sans cadenasser les relations. Les projets et collaborations peuvent être conjoncturels, au gré des opportunités, ou s’organiser à plus grande échelle et à plus long terme.

La méthodologie

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§11. Pour parvenir à mener des actions concrètes et en tenant compte de la réalité de chacun, le choix méthodologique adopté est constitué d’entretiens individuels combinés aux préceptes de l’intelligence collective. La méthodologie de travail de l’équipe du réseau R.A.J. est composée de plusieurs étapes et se veut cyclique et récursive (cf. schéma ci-dessus). 

§12 Tout d’abord, il s’agit d’explorer une problématique relative à la (ré)insertion des personnes justiciables. Pour y arriver, nous devons délimiter les secteurs concernés et cibler les personnes et services à interpeller et à rencontrer. La problématique est également approfondie par des lectures de rapports scientifiques et issus du monde associatif.

§13 Afin d’identifier les difficultés associées à l’objet d’étude, l’équipe du réseau R.A.J. part à la rencontre, individuellement, des différents acteurs (services, personnes, institutions) qui interviennent, directement et indirectement, auprès des personnes justiciables afin d’échanger sur leurs pratiques professionnelles et ainsi comprendre davantage les obstacles expérimentés à la (ré)insertion de ce public. Il semble également essentiel et nécessaire d’aller à la rencontre des personnes justiciables vivant l’incarcération, sortant de prison ou réinsérées dans la société depuis plusieurs années afin d’intégrer leur avis et de tenir compte de leur réalité dans le travail de mise en réseau.

Ces rencontres permettent de comprendre les réalités de chacun et les pratiques professionnelles de terrain. Les entretiens sont menés de façon semi-directive : ils suivent un canevas de questions élaborées en fonction de l’objet d’étude. Ils sont menés par l’équipe du réseau et sont ensuite retranscrits afin de permettre l’analyse et la conservation des informations reçues. Les données sont également obtenues par des moments d’échanges, tels que des groupes de travail, visant à faire émerger l’intelligence et les savoirs collectifs.

§14 Les informations, les vécus et les données récoltées permettent de constituer un rapport du type « état des lieux », qui constitue le terreau des actions à venir.

§15 Dans un second temps, l’objectif est d’élaborer avec les différents acteurs rencontrés des pistes de solution qui pourraient sensiblement enrayer les difficultés pointées. À cette fin, la création de groupes de travail avec différents acteurs permet de conceptualiser et de créer des outils et projets particuliers. Cette étape de conceptualisation et de création se poursuit aussi par des échanges et partages avec le Comité d’Accompagnement. Les réunions et les supervisions d’équipe sont également des moments de réflexion essentiels afin de mieux calibrer les interventions et de prendre du recul sur les chemins empruntés. Tous ces regards extérieurs sont une source d’inspiration et de réflexion non négligeables qui permettent à l’équipe du réseau d’avancer tout en respectant les cadres, besoins et obligations de chacun.

§16 Par la suite, les projets et/ou outils élaborés sont expérimentés. Le concept d’expérimentation porte en lui la notion de prédicat, laissant une marge de manœuvres possible pour d’éventuelles modifications. En expérimentant l’outil ou le projet avec certaines personnes, services, institutions, on perçoit l’effet escompté et on observe ainsi les réactions qu’il suscite.

§17 Ensuite, l’équipe du réseau R.A.J. s’engage à prévoir un temps d’échanges pour l’évaluation de l’outil et/ou du projet en question. Le réseau se voulant ouvert et à l’écoute, des temps d’échanges sont prévus avec un large éventail d’acteurs. Cette étape est cruciale pour ne pas figer les réflexions et les idées, et pour laisser la possibilité de moduler au mieux l’outil et/ou le projet avec le retour des membres du réseau R.A.J., ou de toute personne désireuse d’émettre son opinion sur la question. Les outils et/ou les projets sont ensuite adaptés en fonction des remarques et recommandations.

§18 Enfin, l’équipe du réseau R.A.J. transmet et diffuse les outils élaborés (en les mettant en ligne, en les transmettant par mail, en venant les présenter dans les institutions intéressées…), ou participe à la mise en place des projets avec les principaux intéressés. Cette diffusion est ouverte à toute personne, service et institution intéressés et désireux de l’utiliser. Cette méthodologie a pour but le renforcement d’un réseau de collaboration entre différents partenaires, mais également l’offre de réponses concrètes et pragmatiques aux problématiques de terrain.

Objectifs opérationnels et actions

§19 Les objectifs et actions visés s’imbriquent l’un à l’autre formant un projet en constante évolution. Certains sont actuellement au travail, d’autres ne le seront que prochainement car ils dépendent de l’avancement général des premiers.

Enrichissement continu d’un état des lieux sur les freins à la réinsertion et recommandations

§20 Afin d’avoir une vision d’ensemble des difficultés qu’une personne judiciarisée peut rencontrer, il importe de disséquer son parcours depuis l’incarcération jusqu’à bien après la sortie de prison. Tout au long de celui-ci et à chaque étape, il a été question de déterminer ce qui est frein et ce qui est facilitateur.

§21 Pour y parvenir, l’équipe rencontre des acteurs mobilisant différentes sources de savoirs et disposant d’une expertise intéressante. Ces trois sources sont :

  1. des acteurs de services, spécialisés ou non dans l’aide aux justiciables, et concernés par les réalités du public justiciable ;
  2. des académiciens et chercheurs spécialisés sur les enjeux sociétaux en lien avec l’incarcération et la sortie de prison, qui ont une vue plus large et qui savent traduire des situations individuelles en tendance sociétale ;
  3. des personnes vivant ou ayant vécu directement l’incarcération et/ou un parcours de (ré)insertion qui ont accepté de partager la richesse de leur point de vue.

La mise en commun de cette triple expertise – pratique, scientifique et expérientielle – permet de faire émerger les difficultés et enjeux liés à la sortie d’une incarcération, et de penser avec elle à des pistes de solutions concrètes pour y remédier. Trianguler ces savoirs complémentaires est nécessaire afin d’obtenir une vue la plus complète et objective possible. Cette triangulation des savoirs a permis d’établir un état des lieux qui sera continuellement enrichi par les rencontres futures.

§22 Dans les lignes qui suivent, nous présentons un aperçu de la triangulation des savoirs et du contenu actuel de l’état des lieux. Il n’y a pas de « nouvelles » informations, en ce sens que les freins soulevés sont déjà connus et traités par la littérature scientifique. L’intérêt de cet état des lieux est l’accessibilité directe de l’information et le « compilage » qui permet de dégager des grandes lignes vers lesquelles se tourner dans l’élaboration de projets et initiatives visant à faciliter la (ré)insertion.

Les difficultés et freins à la (ré)insertion commencent, pour la plupart des détenus rencontrés, avant même l’incarcération. Il apparaît que les personnes incarcérées étaient souvent déjà mal insérées dans la société ou insérées d’une façon qui n’est pas reconnue (travail au noir, revenus issus d’activités illicites) et se retrouvent arrachées à ce semblant d’intégration pour se retrouver dans un vase clos, la prison, lieu auquel il faut également s’adapter. Ce pourquoi nous parlons de « (ré)insertion ».

À noter également que la prison produit un double choc – à l’entrée et à la sortie – car elle isole les personnes de la « réalité extérieure » et le fait de devoir replonger dans cette réalité après parfois plusieurs années est une véritable source d’angoisse et de stress. 

§23 La rupture de continuité sur plusieurs points entre la « vie civile » et la vie en détention est un frein à la réinsertion lorsque les personnes sortent de prison. Ainsi, la continuité dans les soins entre l’extérieur et l’intérieur de la prison, tant à l’entrée en détention qu’à la sortie, n’est pas assurée (changements de traitements médicamenteux à l’entrée, voire plusieurs fois dans le courant de l’incarcération). De plus, une importante proportion de détenus présente des troubles psychiatriques7. Cependant, en raison du manque de places en psychiatrie, ces détenus restent en régime ordinaire en prison et ne bénéficient pas des soins dont ils auraient besoin. On nous a également signalé la réduction de la reconnaissance de l’irresponsabilité pénale par les juridictions pénales. Par conséquent, des personnes souffrant de troubles mentaux sont condamnées (plutôt qu’internées) et se retrouvent incarcérées en régime ordinaire8.

Au niveau des formations et de l’emploi, la personne détenue se trouve souvent face au choix suivant : est-ce que je travaille et bénéficie d’une petite gratification ou est-ce que je me forme afin de pouvoir plus facilement me réinsérer par la suite ? Il y a trop peu de formations qualifiantes en prison et de formations qui permettraient une certaine mise à niveau (écriture, langue française)9. De plus, l’accès au travail en prison est limité et le salaire est minime pour le travail fourni, voire dérisoire, ne permettant pas de faire de quelconques économies pour la sortie et ces expériences professionnelles ne sont que difficilement valorisables une fois sorti10.

§24 Par ailleurs, la mission d’accompagnement des détenus est difficilement mise en place. Les services psychosociaux des établissements pénitentiaires n’ont pas assez de temps pour la concrétiser, en raison de la priorité accordée à leurs missions d’évaluation et d’expertise11. Dès lors, cette mission est déléguée aux services externes à la prison qui manquent cruellement de moyens financiers par rapport à l’énormité de la tâche qui leur incombe. Cela crée de la confusion dans les rôles de chacun et les principaux intéressés s’y perdent.

En outre, les difficultés d’accès aux personnes détenues complexifient la réalisation de ces missions notamment du fait des grèves du personnel pénitentiaire, des mouvements12, des transferts imprévisibles des détenus vers un autre établissement pénitentiaire ou vers le palais de justice pour leur audience.

Le manque de moyens financiers attribués aux services externes, le nombre important de demandes de personnes incarcérées qui souhaitent les rencontrer, les difficultés d’accès aux établissements, sont différents facteurs qui provoquent un engorgement général de ces services.

§25 Après avoir été plongée dans ce microcosme qu’est la prison, il sera d’autant plus difficile à la personne de se réintégrer dans la société qu’elle y aura été peu intégrée : elle devra désapprendre la prison et (ré)apprendre la société. Le fait de se retrouver en prison met à mal le lien social et le rend plus difficile une fois dehors. Il n’est pas toujours aisé de maintenir le lien avec les personnes à l’extérieur (notamment la famille) depuis la prison. Cette dernière abime des liens qui ont déjà, dans la plupart des cas, été mis à mal par le passé13. Il apparaît qu’une certaine pression est exercée sur la famille que ce soit lors de l’exécution d’une modalité de la peine ou simplement en termes financiers. La famille d’une personne détenue, outre le choc lié à l’incarcération, doit traverser des moments bien compliqués et qui ne sont que très peu reconnus14.

L’octroi des diverses aides sociales est également très compliqué à comprendre et morcelé entre divers acteurs (la mutuelle et la vierge noire ne sont pas les mêmes structures par exemple), ce qui rend complexes bon nombre de démarches que doivent faire les services et/ou les personnes détenues. Ainsi, pour leur (ré)insertion, les personnes justiciables sont confrontées à de nombreux bricolages institutionnels ou personnels, avec une grande marge de création en fonction des moyens du bord et des connaissances. Une solution devient difficilement transposable. Bien que le monde de l’aide au justiciable soit relativement petit, la connaissance mutuelle des services et la communication entre ceux-ci n’est pas forcément optimale, le réseautage étant souvent lié à une personne précise au sein de l’institution, et non à une collaboration entre institutions.

§26 Toute personne ayant subi une peine privative de liberté porte en elle les marques de son incarcération, tant d’un point de vue psychologique (estime de soi, habitudes, manquements…) que d’un point de vue matériel (notamment par l’effet du casier judiciaire15). Les conditions qui sont imposées aux condamnés qui bénéficient d’une sortie anticipé de prison mettent parfois à mal leur plan de reclassement et donc leur (ré)insertion. Au vu des diverses obligations imposées par la justice (formation, travail, démarches diverses), les condamnés disposent de peu de temps que pour pouvoir se rendre auprès des services externes à leurs heures d’ouverture. Certains détenus préfèrent même « taper fond de peine » pour ne pas se voir imposer des conditions qui sont souvent vécues comme trop contraignantes16. En prison, il y a une sorte de parcours-type qui est appliqué à tous les détenus sans distinction alors que certains ne savent pas rentrer dans ce carcan. La société prône l’objectif sécuritaire et c’est cet objectif qui prime sur tous les autres. On ne valorise pas la sécurité active (les activités et suivis) qui permet une meilleure réinsertion, davantage que la sécurité passive. Au nom de cet objectif de sécurité, les aspirations des détenus ne sont pas toujours rencontrées rendant parfois la (ré)insertion de ces derniers difficile.

Toutes les personnes rencontrées lors de l’élaboration de notre état des lieu pointent du doigt le problème du logement pour les personnes justiciables17. Le prix de l’immobilier est bien trop élevé, peu de structures existent ou acceptent de travailler avec les détenus. Il n’y a pas assez de volonté politique pour adresser les problèmes de logement et les initiatives dans le domaine sont trop rares18. Un énorme poids repose à nouveau sur la famille et les proches pour pallier ce manquement.

§27 La difficulté de la temporalité contient plusieurs éléments : d’une part le temps de la justice qui est relativement long et plutôt imprévisible et d’autre part le temps carcéral qui est difficile à faire correspondre au temps à l’extérieur (ex : formation et date de sortie). Ces temporalités différentes rendent compliqués les échanges entre elles19, alors qu’ils sont tout à fait nécessaires pour que la réinsertion puisse se dérouler de la façon la plus efficace possible.

§28 Au-delà des freins présentés ici, l’équipe du réseau R.A.J. a pu identifier, tout au long de l’année, d’autres freins et recommandations à travers les rencontres individualisées. L’ensemble des freins et recommandations récoltés est présenté dans le rapport intermédiaire en suivant différentes catégories (réparties entre les axes « politiques », « social », « justice », « santé », et « individu ») :

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§29 Le rapport intermédiaire, reprenant l’état des lieux des freins et recommandations à la (ré)insertion est mis à disposition sur le site : https://www.ambuforest.be/reseau-raj/. Ce rapport s’adresse aux professionnels de tous secteurs et services confondus ayant l’habitude ou non d’accompagner un public justiciable. C’est un point d’appui pour expliquer, sensibiliser, communiquer, partager et ouvrir la réflexion. Il sert également d’outil pratique en vue de conserver une ligne directrice dans le travail à mener. Les différentes difficultés, recommandations, pistes de solutions répertoriées sont d’ailleurs le terreau des actions à venir pour l’équipe du réseau R.A.J. Les résultats d’un tel travail de recherche consistent essentiellement en la mise en place des projets qui suivront et sont détaillés ci-après.

Sensibilisation et création d’outils audiovisuels au service des professionnels

§30 Afin de rendre plus visibles les conditions de sortie de prison, l’équipe du réseau R.A.J. a développé des médias qui présentent de manière pédagogique les freins auxquels les personnes judiciarisées sont confrontées. Ces médias sont à destination de tout service ou organisme intervenant dans le domaine du social-santé en Belgique francophone, et plus spécifiquement du domaine de l’insertion socio-professionnelle, du logement, de la santé (au sens large ou plus spécialisé – toxicomanie, santé mentale), ou intervenant dans l’acquisition des droits sociaux, et l’octroi du revenu d’intégration ou de remplacement.

§31 Une première capsule vidéo, dite « introductive », retrace le parcours judiciaire en détention et les effets psychiques de l’enfermement sur le détenu. Mettre des mots et des images sur le parcours par lequel certains passent pendant plusieurs années est un travail délicat mais essentiel si l’on veut faire prendre conscience des réalités du monde carcéral au public professionnel non averti. Elle est « introductive » dans le sens qu’elle sera systématiquement accompagnée par une autre capsule plus spécialisée dans tel ou tel sujet (tels que la formation, l’emploi, le travail sous injonctions, le lien avec les proches, …), mais toujours analysée sous le prisme des réalités vécues par le public sorti de prison. Chaque nouvelle capsule est le résultat d’un focus-groupe spécifiquement mis en place.

Cette première capsule retrace les passages obligés lors d’une incarcération (le bain entrant, les transferts, les demandes de permissions de sortie, de congés pénitentiaires, les passages devant le tribunal de l’application des peines, …), mais aussi les freins latents à cette détention (l’infantilisation, les violences institutionnelles d’un système fermé, la surpopulation, l’attente), et les émotions que l’enfermement provoque (peur, perte d’estime de soi, perte de liens, …)20.

§32 La création de capsules vidéo permettra d’ouvrir la communication avec des services non spécialisés, de déconstruire certains stigmates et représentations et de pouvoir ainsi créer des collaborations avec les services d’accompagnement spécialisés et trouver des pistes de solutions ensemble.

Initiation et renforcement de projets de terrain

§33 Par l’intermédiaire des rencontres individualisées et de l’état des lieux, le réseau R.A.J. veut mettre en lumière certaines initiatives déjà existantes dans le réseau, et développer avec d’autres des projets innovants venant répondre à des difficultés rencontrées par le public. Ceux repris ci-dessous ne sont pas forcément mis en chantier, mais leur développement sont prévus à court terme :

Les groupes de parole

§34 Les groupes de paroles ont des vertus qu’il ne faut plus démontrer : reconnaissance entre pairs, libération de la parole, renforcement des liens, diminution des tensions, autant d’effets qui sont à même d’améliorer le bien-être de l’individu et donc faciliter les possibilités de réinsertion. À ce titre, l’expérience du groupe « Passages » à la prison d’Ittre et mené par l’Ambulatoire-Forest va initier un groupe de travail autour de la mise en place de groupes de parole.

Le réseau R.A.J. souhaite soutenir la création de groupes de parole dans les lieux de détention et accompagner tout service qui le désirerait dans la création d’outils tirés d’expériences existantes ou ayant existé, à destination des professionnels.

Le lieu de liens « Le Delta »

§35 Le lieu de liens « Le Delta » est un projet visant à offrir un lieu d’accueil porté par l’ASBL REZONE21. C’est un lieu bienveillant et convivial où chacun peut venir sans contrainte, ni obligation de participer aux activités organisées. Chacun est libre de s’investir à sa bonne convenance dans le lieu. Il fonctionne sous le principe de gouvernance participative et citoyenne, en horizontalité avec les acteurs du lieu (entre usagers, proches et professionnels)22.

« Le Delta » s’intègre au sein du projet Calico, un habitat groupé intergénérationnel situé à Forest, rue du Delta, n°61.

Création de fiches techniques pour les démarches sociales et administratives

§36 Le projet visant à créer de fiches techniques pour les démarches sociales et administratives fait suite à bon nombre de retours sur les difficultés du système social belge actuel, dont les aspects bureaucratiques et informatisés créent de facto de la distance avec le public le plus précarisé (disparité des procédures d’une commune à l’autre, numérisation à outrance, fermeture des permanences sociales dans certaines administrations, …).

Cette disparité des pratiques met aussi à mal les travailleurs sociaux, contraints de devoir s’adapter et de passer du temps dans la compréhension des modes de fonctionnement des différents services et administrations. De là est apparu l’intérêt de créer des fiches techniques reprenant un déroulé-type des différentes démarches à effectuer dans la remise en ordre administrative et sociale d’une personne qui sort de plusieurs années de prison.

La confection de ces fiches sera réalisée en co-construction via des groupes de travail. Ces fiches permettront une plus grande compréhension du parcours de remise en ordre administrative ainsi qu’une meilleure appropriation par l’individu des démarches à entreprendre.

Mise en place de communautés thérapeutiques en détention

§37 La prison n’est pas, à priori, un lieu de soins. La (sur)consommation de substances et de médicaments qui y a cours en est une preuve23. Les services d’accompagnement pour les personnes en situation de dépendance ont pointé, lors de nos rencontres, que les assuétudes sont des entraves importantes à la réinsertion sociale. En revanche, il semblerait, toujours selon nos rencontres, qu’une prise en charge résidentielle en communauté thérapeutique améliore considérablement la performance du traitement, surtout dans les cas d’addictions de longue durée, à plusieurs produits et dans des modes de consommation lourds.

§38 Les cures de désintoxication et sevrage constituent seulement une première étape du traitement des assuétudes. Elles s’avèrent insuffisantes lorsque la personne n’a pas l’occasion de travailler psychologiquement les facteurs qui l’ont amenée à consommer. Pour beaucoup de personnes souffrant d’assuétudes, ce travail personnel ne peut se réaliser sans un cadre de vie sécurisant, « contenant », qui les « protège » pendant quelque temps du risque de consommer à nouveau, en leur donnant l’opportunité de travailler notamment leurs pulsions, leur image et confiance personnelles, leur gestion des conflits relationnels, …

§39 En parallèle, la justice exige assez fréquemment une prise en charge des problèmes d’assuétudes parmi les conditions nécessaires à l’octroi d’un bracelet électronique ou d’une libération conditionnelle. Cependant, l’Ambulatoire Forest constate de la part des institutions médicales, hospitalières et dans les communautés thérapeutiques une frilosité accrue, voire un rejet formel d’accueillir des personnes qui ont des problèmes d’addiction ayant un parcours carcéral. Ces personnes se retrouvent ainsi dépourvues des moyens réalistes pour se soigner, pour construire un véritable projet de réinsertion et pour répondre aux exigences du système judiciaire.

§40 Dès lors, il parait important de coordonner une réflexion approfondie sur les possibilités de mise en place d’espaces thérapeutiques au sein des établissements pénitentiaires car, si la période d’incarcération doit préparer les bases d’une réinsertion sociale, pour quelles raisons ne pourrait-on pas mettre à profit le temps de détention dans la concrétisation d’une prise en charge adéquate des addictions ? D’autant plus qu’à l’extérieur, il existe peu de possibilités de prises en charge pour les personnes ayant des problèmes d’addiction. Effectivement, bon nombre d’institutions refusent catégoriquement de travailler avec des personnes souffrant d’assuétude dès leur sortie de prison rendant la prise en charge de cette problématique compliquée. De ce fait, les personnes sortant de prison risquent de rechuter ce qui complique la réinsertion au niveau social (absentéisme à des rendez-vous, comportement inadéquat en raison de la consommation…).

Un groupe de travail va se constituer prochainement autour de ce sujet, qui débutera par une analyse des expériences existant en Belgique comme la section sans drogue établie au sein du complexe pénitentiaire de Bruges (bien que cela ne soit pas assimilable à une communauté thérapeutique), et existant à l’étranger : Pays-Bas, Suisse, Espagne, …

La réinsertion, une utopie ?

§41 Une des finalités assignées à la peine privative de liberté est la préparation à la réinsertion. Comme bon nombre de personnes rencontrées par l’équipe du réseau R.A.J.24 ont pu le souligner, la réinsertion du public justiciable est loin de fonctionner, et la prison est encore loin d’y contribuer. Elle semble plutôt aller à l’inverse de celle-ci, par son système opaque et son mode de fonctionnement.

§42 La peine est une épreuve, souvent traumatisante, et est loin d’être une simple privation de liberté. Elle implique un code de conduite à suivre, des règles collectives à respecter, des horaires, des privations matérielles, des pertes de liens et d’autonomie, et suscite une accumulation de frustrations25. Le temps carcéral est un temps d’exclusion physique, c’est une mise à l’écart des autres, à l’inverse de ce qui a été imaginé comme un temps consacré à l’individu afin qu’à sa sortie, il puisse retrouver une place pleine et entière au sein de la société.

§43 Au cours de sa peine, le détenu doit faire preuve d’autonomie en mettant en place un plan de reclassement, dans un parcours imposé. Le plan de reclassement consiste à avoir un plan pour le futur, pour sa sortie, nécessitant : un logement, des personnes ressources (famille, amis, compagnon ou compagne), un revenu régulier, un emploi ou une formation et un accompagnement dans sa problématique, s’il y en a une26. Cependant, ces injonctions et conditions sont généralement des ressources que les personnes justiciables n’ont pas à disposition.

§44 De ce fait, les mesures pénales et le temps carcéral sont institués dans l’idée de transformation de la personne afin que cette personne puisse, suite à ce temps carcéral, s’inscrire et « répondre à un certain nombre de critères normatifs et politiques »27. La personne justiciable se voit imposer un parcours à respecter, doit faire preuve d’autonomie et démontrer des résultats sur sa volonté de se réinsérer dans la société. La réinsertion sous-entend donc les actions qu’une personne doit porter individuellement, c’est à-dire que la réussite de sa réinsertion dans la communauté ne repose que sur sa responsabilité individuelle28.

La notion d’individu renvoie à une « dimension normative, puisqu’elle implique une injonction relative à la façon dont nous devons nous comporter à titre d’acteur social »29.

Utiliser le terme de (ré)intégration nous semble plus adéquat car il fait référence à la collectivité, à son rôle et à sa responsabilité quant à la réintégration d’une personne30, mais ce n’est pas applicable au paradigme sociétal actuel.

§45 Tel que présenté à travers cet article, le développement d’un réseau autour du public justiciable se construit dans l’intention de formaliser du collectif autour de la personne, de l’accompagner au mieux dans cette prise de responsabilité, et donc de prendre nos responsabilités également en tant que professionnels en créant des ponts de collaboration pour faciliter le travail de tous et l’intégration de la personne au sein de la société. L’équipe du réseau R.A.J. veut croire en cette (ré)insertion, croire que la mise en lien peut améliorer l’accompagnement des personnes justiciables dans leur retour en société malgré un système qui déshumanise.


  1. Plus amples informations sur le site web de l’ASBL : https://www.ambuforest.be/ 

  2. CAAP, Sortir de prison…vers une transition réussie ? Des dispositifs existants en matière de (ré)insertion à l’hypothèse des « maisons de transition », 2017, pp. 31–32 

  3. Pour participer et contribuer au projet, toute personne, service ou institution, peut interpeler l’équipe du réseau R.A.J. Il est possible de participer à ce projet de différentes manières, tout comme prendre connaissance des différents outils et médias développés. Le réseau peut être contacté via l’adresse mail générale : info@reseauraj.be ou via le numéro de téléphone 02/346.31.51. 

  4. Quirion B., Hamel S., Gadbois J. et Brunelle N., « La (ré)intégration sociocommunautaire comme réponse au morcellement organisationnel et clinique des personnes judiciarisées », Criminologie, Vol. 54, 2021, pp. 13–38. 

  5. Ibid

  6. Ibid. 

  7. Voir notamment Amad A., Fovet T., « Itinéraires de patients souffrant de troubles psychiatriques en prison : passé, présent et devenir après l’incarcération », La Lettre du psychiatre, Vol. X, n°6, 2014, pp. 176–177 ; Thomas P., Fovet T., Amad A., « Psychiatrie en milieu pénitentiaire, entre nécessité et ambiguïté », [Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique](https://www.sciencedirect.com/journal/annales-medico-psychologiques-revue-psychiatrique « Go to Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique on ScienceDirect »), Vol. 73, n°4, 2015, pp. 348–351 ; Bérard J ; Chantraine G., « La carcéralisation du soin psychiatrique », Vacarme, Vol. 1, n° 42, 2008, pp. 91–94 ; Protais C., « Les malades mentaux dans les prisons françaises : le rôle de l’expertise psychiatrique », Mouvements, Vol. 4, n° 88, 2016, pp. 27–33 ; Kalongi J., « De quelques considérations sur la prise en charge de patients dits psychotiques en annexe psychiatrique », Cahiers de psychologie clinique, Vol. 2, n° 47, 2016, pp. 95–110. 

  8. Derouaux, E., Nederlandt, O. et Servais, A., « Les situations complexes dans l’exécution de la mesure d’internement / Complexe situations bij de uitvoering van de interneringsmaatregel », in A. Jonckheere et E. Maes, Calcul, exécution et cumul des peines en Belgique / Strafberekening, uitvoering en cumul van straffen in België, Gompel & Svacina, 2022, pp. 164–198. 

  9. Voyez notamment à ce sujet les notices de la section belge de l’Observatoire international des prisons (https://www.oipbelgique.be/) et les rapports du Conseil central de surveillance pénitentiaire et des commissions de surveillance des établissements pénitentiaires (https://ccsp.belgium.be/

  10. Amblard B., Scalia D., Lambert M., « Travail en prison : qu’en pensent les détenus ? », La Revue Nouvelle, 6/2015, pp. 52 – 57 et Dufaux, Fl., « L’emploi des personnes incarcérées en prison : pénurie, flexibilité et précariat. Une normalisation ? », Déviance et société, 2010/3, vol. 34, pp. 299–324.

    Pour aller plus loin, voyez en ce qui concerne la France notamment : Huens V., « Le travail en prison : réinsertion ou exploitation, SAW-B, https://saw-b.be/publication/le-travail-en-prison-reinsertion-ou-exploitation ; Baader M. et Shea E., « Le travail pénitentiaire, un outil efficace de lutte contre la récidive ? », Champ pénal/Penal field [En ligne], Vol. IV, 2007, mis en ligne le 31 mai 2007, consulté le 23 février 2022. URL : http://journals.openedition.org/champpenal/684; Auvergnon P., Guillemain C., Le travail pénitentiaire en question, Paris, La documentation Française, 2006 ; Rambaud G. et Rohmer N., Travail en prison : enquête sur le business carcéral*, Paris, Éditions Autrement, 2010. 

  11. Voyez le chapitre IV de Mary Ph., Enjeux contemporains de la prison, Bruxelles, Université Saint-Louis, 2013. Voyez également à ce sujet, dans ce dossier, la contribution d’Olivia Nederlandt, Audrey Servais et Audrey Teugels et la contribution de l’ASBL Rizome-BXL. 

  12. Dans un régime de détention fermé, les détenus doivent être « sortis » de leur cellule par les agents pour être emmenés au préau, à la salle de visites, etc. et ensuite, ils y sont « ramenés » : c’est ce que l’on appelle « les mouvements ». Pendant ces mouvements, les ailes sont fermées, ce qui empêche la circulation des autres détenus et des professionnels des services d’aide qui travaillent en prison. 

  13. Voyez Mary Ph., Bartholeyns Fr., Béghin J ;, « La prison en Belgique : de l’institution totale aux droits des détenus ? », Déviance et Société, Vol. 30, n° 3, 2006, pp. 389–404.

    Cette mise à mal est restituée par les travaux sur les trajectoires carcérales. Voir Chantraine G., Par-delà les murs. Expériences et trajectoires en maison d’arrêt, Paris, PUF, 2004. 

  14. Caroline Touraut a élaboré le concept d’ « expérience pénale élargie » pour mettre en lumière les difficultés vécues par les proches de détenus. Voyez notamment Touraut C., « Aux frontières des prisons : les familles de détenus », Cultures & Conflits, n° 90, 2013, pp. 77–94. Voir aussi le numéro spécial de Criminologie, consacré aux proches des personnes judiciarisées, Vol. 52, n° 1, 2019. 

  15. Voyez De Greef V. et Pieret J., Le casier judiciaire : approches critiques et perspectives comparées, Bruxelles, Larcier, coll. Crimen, 2011 et spéc. Velle K. et Leloup G., « Le casier judiciaire belge : source d’informations des autorités publiques et instrument de contrôle social ? », pp. 103–116. Voyez également les contributions de Christine Guillain, et de Vanessa de Greef et Antoine Chomé dans ce dossier. 

  16. Voyez à cet égard la contribution d’Olivia Nederlandt, Audrey Servais et Audrey Teugels dans ce dossier. 

  17. Voyez à cet égard la contribution de l’ASBL Rizome-BXL dans ce dossier. Voyez également (portant sur la France) : Delcourt L., « Prison, rue, foyer : une trajectoire à la croisée du pénal et de l’aide sociale », Sciences & Actions Sociales, vol. 13, n°1, 2020, pp. 82–107.  

  18. Voyez, dans ce dossier, la contribution rendant compte de l’initiative de l’ASBL Rizome-BXL. 

  19. Ces décalages temporels concernent aussi les rapports aux proches. Voyez Ricordeau G., « ‘Faire son temps’ et ‘attendre’ : temporalités carcérales et temps vécu dedans et dehors », Criminologie, Vol. 52, n° 1, 2019, pp. 57–72.  

  20. N’hésitez pas à nous contacter afin de convenir d’une présentation de la capsule. 

  21. Réseau de service dans le domaine de la santé mentale actif sur le sud de Bruxelles : https://www.rezone.be/  

  22. Pour de plus amples informations, voyez : https://www.rezone.be/lieudeliens  

  23. I.Care ASBL, De la prison à l’hôpital : les extractions pour raison médicale, 2021, pp. 1–41, disponible en ligne : https://www.i-careasbl.be/nos-publications

  24. Pour la liste des personnes rencontrées par le réseau, voyez le rapport intermédiaire. 

  25. Quirion B., Hamel S., Gadbois J. et Brunelle N., op. cit., pp. 13–38. 

  26. Mary, Ph., Bartholeyns, F. et Béghin, J., « La prison en Belgique : de l’institution totale aux droits des détenus ? », Déviance et Société, Vol. 30, 2006, pp. 389–404 ; voyez la contribution d’Olivia Nederlandt, d’Audrey Servais et d’Audrey Teugels dans ce dossier. 

  27. Quirion B., « Réformer, réadapter ou responsabiliser le détenu : Analyse des enjeux normatifs rattachés à l’intervention correctionnelle au Canada », Déviance et Société, Vol.36, 2012, pp. 339–355.  

  28. Centre International de Criminologie Comparée, « La réinsertion sociale sous la loupe », in Podcast (En)quête de criminologie, Episode 9. 

  29. Quirion B., op. cit., pp. 339–355.  

  30. Centre International de Criminologie Comparée, « La réinsertion sociale sous la loupe », in Podcast (En)quête de criminologie, Episode 9. 

Réseau R.A.J.